"Course libre" reprend en 2019 ! À suivre...
Duologos "Course Libre"
Une nouvelle expérience pluridisciplinaire avec une création ethnologie/arts de la rue, une rencontre entre Anaïs Vaillant et Pierre Pilatte de la Compagnie 1Watt, sur le thème de la bouvine.
C'est ce samedi 15 septembre pour les journées du Patrimoine à Arles, rendez-vous devant le Museon Arlaten à 12h30 et 17h30. Proposé par le Citron Jaune.
Intervention dans le cadre des Rencontres Nationales de la Famdt 2018
Tradition et émancipation ?
(extrait de la communication du 15 juin 2018, Gignac)
S'il faut prendre la tradition ici comme on prendrait un taureau par les cornes – selon l'expression de JM Lucas – je continuerai alors avec la métaphore filée des jeux taurins, une tradition très forte en pays camarguais et jusqu'en garrigue langedocienne. Une tradition culturelle qui porterait tous les stigmates d'une tradition conservatrice et qui pourtant se pose toujours la question de son existence et de sa continuation.
Mon abrivado(arrivée) sera une définition rapide de la tradition. La « tradition » est généralement confinée dans le champ de la reproduction, de l'imitation, de la contrainte voire de l'oppression, de la prédominance du collectif sur l'individu et donc associée à l'impossible expression et création individuelle. Elle est également opposée à la notion d'émancipation qui de fait est une remise en question des héritages, des dominations, et une affirmation de l'individualité contre toutes les reproductions sociétales qui nous détermineraient. Avec le collectif Còp Sec, et en lien avec mes travaux d'anthropologie que je mène depuis près de 20 ans, nous souhaitons nous réapproprier la notion de tradition comme alternative culturelle voire comme contre-culture : notre inscription dans un pays, dans une langue, dans un férial calendaire, est l'affirmation et l'encouragement d'une auto-estime collective à partir de toutes les cultures minorisées qui nous traversent. C'est prendre le parti d'expressions artistiques et culturelles non relayées par les pouvoirs institutionnels et les médias dominants en travaillant à leur transmission malgré le manque d'infrastructures et de reconnaissance politique. C'est renouer un lien précieux avec nos cultures populaires pour lutter contre leur instrumentalisation par les extrêmes identitaires et marchands. C'est lutter contre l'orthodoxie enfermante des puristes en permettant à tous l'autocritique et l'autodérision nécessaire à nos cultures que certains voudraient excluantes et austères. Ces cultures locales, trop dominées mais jamais soumises, nous les faisons vivre, nous jouons avec, nous en rions et tout cela sans jamais en évacuer la substance dont nous revendiquons tout l'intérêt : le SENS. Celui que nous recherchons, que nous redéfinissons collectivement chaque jour, celui que nous défendons face au désenchantement globalisé et au cynisme. C'est à partir de traditions festives et musicales inventées et ré-inventées que nous travaillons ce sens, avec la création, l'accueil de tous et l'encouragement de l'expression individuelle et collective.
Un coup de barrièreest inévitable ici envers la notion de culture. Nous devons, en tant qu'acteurs du monde « culturel », rester vigilants aux usages de la notion de « culture » devenue un subterfuge idéologique pour d'une part dépolitiser les conflits sociaux (la culture serait un espace consensuel dans lequel le peuple est invité à entrer pour sublimer sa colère ou sa violence) et d'autre part essentialiser les conflits en déplaçant les problématiques sociales et économiques vers des incompatibilités ethniques et des frontières irréductibles entre des cultures refermées sur elles-mêmes. Avec Còp Sec, nous défendons une idée non réifiable de la culture (sans frontières ni limites) et une définition fondamentale de la culture comme : substance de la vie collective (fête, musique, nourritures...) ; moyen de survie, de pensée et de poésie dans le capitalisme mondialisé (remise en question du modèle dominant et imposé) ; prise en considération de l'intérêt général et de la vulnérabilité des humains (l'enfance, la vieillesse, l'exil, la maladie, la folie...) en faisant des choix politiques clairs (éducation, formation, logement, protection sociale, recherche etc)... D'autres coups de barrières seraient nécessaires ici notamment sur la notion d' « universel » (qui peut s'avérer être généralisante et oppressante), sur celle de progrès qui derrière ses attributs positifs (vivre mieux, liberté, égalité, fraternité) a permis d'imposer depuis le XIXe siècle une course du monde dont nous savons aujourd'hui les effets désastreux (destruction de la planète, libéralisme, inégalités croissantes au niveau mondial, frontières plus fortes, grands projets inutiles, guerres...), et tout cela en délégitimant les savoirs populaires et traditionnels sous prétexte d'ascension sociale ; et enfin sur la notion d'humanité elle-même qui semblerait se vider de son humanisme dans l'océan anthropocène.
Je choisis une bandido(départ) sur le thème de la légitimité intrinsèque de la tradition. Nous engageons ce processus de légitimation à plusieurs niveaux :
- en dépassant l'opposition entre une culture « légitime » qui serait émancipatrice et une culture « traditionnelle » contraignante et reproductive et cela par la critique de toutes les hégémonies culturelles ;
- en cherchant dans les héritages culturels des sources et espaces de résistance au système dominant, comme des savoir-faire et des connaissances en accord avec notre désir d'accueil, de générosité et de curiosité et avec notre refus de la marchandisation et de la destruction des ressources naturelles et culturelles. Nos luttes et nos cultures minorisées se légitiment ainsi les unes et les autres ;
- en créant et entretenant notre « pouvoir culturel » soit notre capacité collective à fabriquer et transmettre de la culture, en reliant pensée et action, et à inventer des traditions, en reliant passé, présent et futur ;
- en se réappropriant ce qui constitue la culture et nos droits culturels, par la réhabilitation entre autres de la notion de lieu (avec sa cosmogonie, ses spécificités naturelles, sa faune, sa flore...), de la notion d'espace public (qui n'est pas l'espace de personne mais bien de tous et que l'on ne peut soustraire au peuple pour des intérêts privés) et de la notion de temps (celui qui passe et nous rappelle que nous ne faisons que passer et celui qui, cyclique, revient pour permettre une transmission entre nature et humains, entre humains eux-mêmes, par le biais du rituel et de la fête) ;
- en remettant en lien ce qui se trouve aujourd'hui divisé, atomisé, isolé et en prenant le risque et le plaisir de l'expérience, du bricolage, du don et de la transgression.
Notre désir de tradition est une nécessité cuturelle d'invention, de lyannaj*, de fabrique de subjectivités et de ré-enchantement du monde. Notre désir de tradition n'est pas orthodoxe mais fidèle et distancé, authentique et parodique, sacré et profane. Inventons nos traditions.
* Lyannaj : nous empruntons ce terme créole comme définition de la culture qui est un lien collectif, un rassemblement des élements volontairement séparés par les pouvoirs dominants (les individus entre eux, les mots et leurs sens...) et une praxis culturelle entre errance et enracinement.
Rendez-vous à la rentrée !
"Culture à toutes les sauces" ne s'arrête pas là ! Vous pourrez me retrouver cet automne à Amiens, Noisiel et dans la Roya (bientôt les dates !). En attendant, petit séminaire estival de gesticulants à Germ pour réfléchir collectivement à nos outils d'éducation populaire et à leur cheminement prochain. Et retrouvailles du TàD avec la traditionnelle Anti-Université d'été...
Bon été à tous !
Bon été à tous !
"Culture à toutes les sauces" continue sa route...
Après une belle année 2017 et des conférences aux quatre coins de la France et en Belgique, "Culture à toutes les sauces" a ouvert 2018 à Montpellier au Théâtre de la Plume avec l'Université Populaire Gesticulante du Clapas. Accueillie à La Tendresse, nouveau lieu montpelliérain, pour un travail de mise en scène avec les Mythographes, Anaïs y a présenté la conf le samedi 14 avril ! Puis elle a continué sa route au Café de la Pente à Rochefort-en-Terre en avril et à la Guinguette Zezette en mai à Pézenas. Rendez-vous à Garrigues Ste Eulalie (30) le 20 juin à la nouvelle médiathèque !
Radio Garriga 3000 à Sommières
RG3 est passée par Sommières et les Trad'Hivernales cet hiver.
L'émission est en écoute ici !
La chronique d'Anaïs ici !
Elle est aussi passée au Pont du Gard à l'occasion du Forum Eurorégion du 19 mai (Occitanie, Catalogne, Baléares), en écoute LÀ !
Rendez-vous au festival Watt the Funk à Besseges, 24 et 25 août !
L'émission est en écoute ici !
La chronique d'Anaïs ici !
Elle est aussi passée au Pont du Gard à l'occasion du Forum Eurorégion du 19 mai (Occitanie, Catalogne, Baléares), en écoute LÀ !
Rendez-vous au festival Watt the Funk à Besseges, 24 et 25 août !
Au Poil !!!
Après une jolie résidence à la Tendresse avec Adrien au son, Au Poil s'est baladé à Ganges le 24 mars en soutien à la bibliothèque Les Mots du Siècle, et vous pourrez retrouver Petula et Claire-Louise à Radio Grille Ouverte (Alès) en live le lundi 18 juin... Les belles continuent d'explorer les bêtes, les vents et les amours (avec de vrais morceaux dedans)... Le tout avec un dispositif local d'accompagnement artistique qui a démarré en Cévennes !


Radio Garriga 3000
CACA ? Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant ?
Croûte Abrasive de Contestations
Ancrées
Cris Anarchiques de Créatures Animales
Chienlit Arrosée de co-gnaque et d'Art
maniaque
Cocktail Arrangé aux Cœurs
d'Autonomistes...
C'est Alors que les Casseurs
s'Aimèrent, mais
Comment Aimer quand Croupissent les
Âmes ? Quand les
Citernes Amères de Colères Anciennes
font des
Cerveaux Amputés et des Colons
Asphyxiés ?
Chaque Arbre Créerait un Abri
Chaque Alouette Chanterait nos Amitiés
Courons Ardemment Cueillir nos Ailes
Cournonterral Accueille le Caca
Carnaval Avale et Chie un Abécedaire
Caricatural et Arbitraire : l'
Ardeur
Brûle dans notre Bande pour un
Charivari de
Désir et d'
Émancipation. Les
Femmes
Grouillantes représentantes de l'
Humain Hétérotopique balancent leur
Imaginaire de l'Immanence. Notre
Jardin, c'est le
Karnaval des gueux ! Notre
Livre libre c'est le
Mani-festa, et mèfi, avec du
Neuf, de l'
Obscène, des Ours qui
Pètent sans Peur, avec ou sans Peuple.
Sans
Qui ? Quoi ? Quand ? …
Vive le
Rite !!! C'est parti pour l'entrée
dans la Raie publique
Sauce Satire, accompagnée de ses
Suppôts ! Les
Tire-bouchons font Tintamarre jusqu'au
Taslu pour une
Utopie qui
Vrille, c'est pas que du Vent,
compris ?
W X Y et... Zou mai !!!!!!!!!!!!!!!
CULTURE À TOUTES LES SAUCES !
Une conférence gesticulée d'Anaïs Vaillant
Une ethnologue gesticule pour tenter d'élucider la notion de culture, au sens anthropologique, à travers son héritage familial, son parcours de thésarde, ses terrains d'enquête, ses contrats professionnels... L'ethnologue, dont l'analyse de la culture est sensée être sa spécialité scientifique, partage son sentiment ambivalent vis-à-vis d'une notion bien trop floue et d'une discipline qu'elle considère à la fois comme un produit de nombreuses dominations et comme un outil efficace contre ces dernières. Elle questionne enfin les regards contemporains portés sur les cultures populaires et traditionnelles""
Une
conférence gesticulée est un partage d'expérience mis en scène
étayé par des savoirs froids (théoriques) et des savoirs chauds
(biographiques), de la part d'un citoyen engagé dans cette aventure
de l'écriture, de la conscientisation politique et de la mise en
scène. Par une transmission plus "racontée" qu'expliquée,
la conférence gesticulée est un objet radical, hybride et
illégitime. C'est une invitation à la réflexion politique et à
l'action collective, à partir d'expériences vécues."
Anaïs
Vaillant a monté sa conférence gesticulée à l'issue d'une
formation en 2013 au sein de la Scop Le Pavé, auprès de
Francine Mahé et Franck Lepage. Elle a bénéficié des regards extérieurs d'Emilien Urbach en 2014 (metteur en scène) et de Léa Ostermann (comédienne, clown) et Emilie Dreyer-Dufer (metteur en scène, comédienne, chanteuse) en 2015.
MuCEM : à l'endroit de l'envers - Chronique du Pr Proutskaïa*
Printemps
2013, arrive dans ma boîte aux lettres un contrat de cession de
droits d'auteurs de la part du MuCEM après cinq ans de silence.
Éternel étudiant, j'avais eu l'infini honneur d'être remboursé
par l'institution muséale d'un billet low coast vers un terrain
d'étude carnavalesque. Six semaines de recherche, des dons d'objets,
des films, des photographies... ce courrier raviva mon sentiment de
l'exploité toujours reconnaissant du plus petit intérêt que
l'institution peut porter sur son travail. Après moultes
désillusions et colères au sujet du MuCEM, largement distordu entre
sa conception et sa concrétisation, je me voyais tout de même
impatient de découvrir l'exposition sur les carnavals en Europe et
en Méditerranée.
Je
débarque alors à Marseille après une saison carnavalesque
intense : campagne électorale derrière José Beauvié,
concours de doigts au cul appelés « olives », initiation au
cri de la moule et à l'accouchement aérophagique, macération de
chatons morts à la lie de vin, dégustation de tomme sauvage autour
d'un feu... Qu'est-ce que l'exposition allait bien pouvoir montrer
d'un fait social qui n'est qu'expérience ? Les confrères
carnavaliers de la Plaine marseillaise m'avaient charrié avant
l'inauguration insinuant que je collaborais à la célébration
mortifère des fossoyeurs du carnaval. J'arrivai devant le musée,
certains y manifestaient pendant que d'autres, « inculpés de
carnaval », leur insufflaient la contestation. Alors carnaval
aurait désormais droit de cité au musée mais pas dans la rue ?
Je me faisais donc la réflexion qu'une exposition sur carnaval
n'empêcherait rien dans la rue, bien au contraire, mais que le nœud
de l'affaire était la légitimité d'une telle fête dans les villes
européennes d'aujourd'hui.
Si
on ne pouvait pas accuser le MuCEM d'enterrer carnaval (ce serait lui
donner trop de pouvoir), on pouvait en revanche lui reprocher de
s'être désolidarisé des acteurs locaux et contemporains du
carnaval de la Plaine. Une fois de plus, les institutions publiques
et en particulier les ethnologues payés pour réaliser cette
exposition ont délibérément joué aux autruches grâce à des
plateaux d'huîtres. Venons-en à la dite exposition : beaux
costumes, beaux masques, belles vidéos, beaux chars... un vrai petit
Quai Branly qui relègue l'ethnologie à un spectacle de la diversité
culturelle et à un instrument de sauvegarde des « biens »
culturels. Les commissaires de l'exposition ont évidemment plaisir
à muséographier les expressions carnavalesques subversives mais
parce qu'elles ne le sont pas vraiment1,
parce qu'elles sont maintenues à distance par des exemples choisis
en Guyane ou dans d'autres pays européens2,
ou enfin parce qu'on s'attache bien à ne jamais nommer ce que
dénonce le carnaval en question (le capitalisme la plupart du
temps).
Si l'on ne voit rien au sujet des carnavals urbains non institutionnels (Nice, Arles, St Affrique, Montpellier...), peut-être est-ce mieux ainsi, au vu du propos général de l'exposition « le Monde à l'envers ». Au lieu de trouver une réflexion globale sur les traditions populaires, leur légitimité ou non, la répression du carnaval à travers l'histoire et son infantilisation, on suit un faux charivari esthétisant montrant à la fois la variété des carnavals « euro-méditerranéens » et leur socle commun d'un « carnaval sans frontières »3. Le musée évacue ainsi du carnaval toute sa dimension conflictuelle : la réappropriation de l'espace public, la fête non marchande, l'autolégitimation de la tradition, l'autodétermination culturelle, l'émergence d'une conscience collective de nos possibles et des limites imposées. En effet, quand tombent les masques et les coups, nombreux sont ceux qui s'étonnent de voir leur carnaval réprimé ou de voir la police prendre son pied à mater la viande saoûle. Carnaval est une tradition populaire et comme toute culture populaire, il devient aussi un champ de lutte idéologique. Au-delà de la bataille entre l'ordre et la liberté qui se joue parfois en rang serré, ce sont bel et bien les inégalités de la légitimité culturelle qui est ici en question. Par et pour qui, avec quoi et comment, la fête est plus ou moins légitime aux yeux des pouvoirs publics ? Les énergumènes qui s'amusaient à déambuler en costume vénitien dans les couloirs de l'exposition n'avaient pas l'air de vouloir y répondre... Je fantasmais entre deux huitres sur une attaque de pailhasses qui les tremperaient dans une baignoire de « merde ».
Le
MuCEM, institution aussi polémique que conformiste, encourage ici
l'idée que la patrimonialisation serait l'unique avenir légitime
des traditions populaires, une idée propagée entre autres par
l'UNESCO, au moyen de son enflure d'inventaire du « Patrimoine
Culturel Immatériel » et de ses mesures de sauvegardes4.
Le nouveau musée conforte également l'idée que l'ethnologie
n'aurait que le choix du repli patrimonial, laissant derrière elle
sa vocation d'émancipation sociale et politique défendue par de
nombreux chercheurs et penseurs de la discipline, notamment par la
mise en lumière des dominations, l'analyse des rapports de force et
des frontières
entre cultures légitimes et cultures illégitimes et par une
réflexivité de notre rapport à l'altérité. Je ne suis pas sûre
qu'une Germaine Tillion ou un Pierre Bourdieu se seraient
auto-congratulés un cocktail à la main devant le MuCEM en admirant
le bâtiment de béton, sans s'intéresser aux manifestants de
l'esplanade et sans questionner la vocation contemporaine d'un musée
de société.
Pr
Proutskaïa, ethnographe pétomane
* Chronique publiée partiellement dans CQFD n°121 (avril 2014)
* Chronique publiée partiellement dans CQFD n°121 (avril 2014)
1Comme
les chars niçois dont l'inoffensive satire surfe sur les poncifs
médiatiques.
2Au
passage, l'excellente critique de l'ethnobotaniste Josiana Ubaud
concernant l'absence ou l'insuffisante présence de l'occitan et des
cultures d'Occitanie dans l'exposition permanente du MuCEM se
vérifie également dans cette exposition temporaire. Un comble
quand le sujet est carnaval. Seuls les précieux pouvant s'offrir le
catalogue à 40 euros pourront découvrir des textes et
photographies des fecos de Limoux, du Poulain de Pezenas, des
Pailhasses de Cournonterral et du carnaval de la Plaine.
3Nom
d'une association présidée par Annie Sidro, niçoise spécialiste
de carnaval, consultante-experte pour l'UNESCO et ayant
accessoirement appelé à voter pour Christian Estrosi aux dernières
municipales de sa ville.
4Sauver
le patrimoine culturel immatériel de quoi ? La charte de
l'Unesco reste très prudente quant à l'énumération des causes
d'ethnocides contemporains laissant planer l'idée d'une inéluctable
uniformisation culturelle et que seule la patrimonialisation
pourrait sauver les « biens » culturels (avec tout ce
que cela impose en terme de définition, de fixation et
d'aseptisation culturelles).
5Au
cœur du carnaval indépendant du quartier Saint Roch et d'un
processus d'invention de tradition avec le collectif Zou Mai et la
Santa Capelina, devenue fête traditionnelle niçoise du 1er mai.
6Claude
Gaignebet, folkloriste français (1938-2012) spécialiste de
Rabelais, du carnaval et du pet.
Rétrospective appels du CACA 2010, 2012 et 2013
EN ATTENDANT L'APPEL DU CACA 2014, PETITE RÉTROSPECTIVE DES APPELS PRÉCÉDENTS... HMMMM... ON SE RÉGALE.
Le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant présente : | ||||
A l'origine du monde
est Carnaval
| ||||
La fin du monde est pour bientôt... et après ? Et bien, quelle chance d'avoir à ré-initier le monde ! Et comme il faut bien commencer quelque part, ce sera d'abord là où vous pensez, mais aussi derrière, dessous, dedans, et au fond.Au début du monde nouveau, Carnaval est homosexuel et se rit bien du mariage ! Musique ! |
D'abord on se débouche le cul, allez allez, tel l'Ours sortant de sa grotte, parce qu'il fallait bien que ce Rien finisse en hiver,
mais que le Tout recommence pour le printemps. Fini l'hibernation, sortez de vos boum-coeurs, le soleil revient en pleine catacryse grâce à nos appeaux calypsos. À vos trompes ! |
Ensuite, les Soufflaculs remettront un peu tout ça en place, un bon souffle dans le bon sens et par le bon orifice, et en chaîne s'il
vous plaît messieurs, euh pardon mesdames, ... À vos tambours !
Aussi, les Chivau-frus, procréations Blaisement assistées, trimbaleront leurs gros viés ultra productifs avec le dessein, et c'est du boulot, de féconder toutes les gorges des Agathes
menstruées.
À vos poumons !
Il n'y aura d'hommes qu'enceints et de femmes que membrées, Carnaval se fout du genre (tant qu'il y a du poil). Il s'engendre
par tous les trous et par le saint sacrement du Divin Pet. À votre anus ! Venant à bout d'hectolitres de vin et de tonnes de pois-chiches, des nonnes barbues accoucheront de Carnaval dans l'hilarité. De nobles rabas sortiront de terre pour orner les païennes Pailhasses et chier à la gueule d'Identitaires trop blancs. À vos masques !
Le changement est une permanence. Carnaval se fout du hic et du nunc, c'est partout et tout le temps, avant, pendant et après le Monde. En avant le bal des Débuteurs, pour une Biguine Bang !Allez au boulot ! À l'origine du monde ! |
Le C.A.C.A.
|
APPEL DU CACA 2012
"Carnaval n'est jamais repu...
et le CACA colle aux fesses,
Et tandis que Gaignebet
s'envole à la Sainte Agathe
brandissons nos Obscénités
avant que le ciel nous tombe sur la tête
Lâchons nos pets
pas de demi-loufes
un tonnerre apocalyptique
pour se mettre la merde aux culs
du foutre en veux tu en voilà
de la bite, du con, des poils
même la fin du monde
oui
mais pas sous la ceinture
à bon enculeur biture "
le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant
s'empegue à Viols lo dimenche à 15h
se met des doigts à Pezenas
lo dilun astique la matraque à Montpellier
lo dimars se fait une double annale à cournonterral
lo dimecre mets ta plus sale culotte
Armageddon aux chiottes !
L'appel du C.A.C.A. 2010
Carnaval n'est pas mort. Il en redemande. D’aucuns ont bien essayé de lui éclater les dents sur un trottoir (dans la rue Bonaparte à Nice), de le gazer (à Ste Anne à Montpellier), de l’éteindre (place Paul Doumer à Arles), de le corso-fleuriser (sur le Prado à Marseille), de l’infantiliser (dans toutes les école de la République), de le sortir de la rue pour le mettre à la télé (nous y avons vu les carnavals du monde entier)… Mais il est encore là, s'engraisse comme un porc béarnais qui se joue de la grippe. Faisons le couiner une fois de plus, pour se rappeler que nos cultures rugueuses s’accrochent encore, même là où le lisse est de rigueur.
Le présent est tout ce qu’il nous reste : la réinvention de folklore est notre salvation, notre résistance : la tradition permet tout, elle est notre garantie, notre force inscrite dans l’histoire, et notre légitimité venue des anciens. Le présent est tout ce qu'il nous reste, et les allers-venues dans le temps relient, tels des passe-carrières, le souffle de vie et le souffle de mort… A rebours nous remontons vers le sens premier. Vous serez avec nous les mangeurs, les souffleurs, les péteurs.
Du samedi gras au mercredi des cendres, nous inventerons ensemble de quoi donner sens à la fête, au chant, à la danse, et à l’envers du monde tout aussi réel que son endroit. Rien n’est dessiné, composé ou quadrillé. Vous devez venir colorer, improviser et éclater dans cet espace-temps mythologique du carnaval.
Pousser la chansonnette ne sera qu’un départ : il nous faudra réapprendre à chanter ensemble ce qui fait sens dans ce bordel ambulant. Le répertoire se nourrit dès aujourd’hui de vos idées, fantasmes, délires, odes, gueulantes, poésies, insanités, et pamphlets. Tout le monde aura de quoi accompagner l’affaire de bruitages louches, de rythmiques charivaresques ou d’harmonies grinçantes.
Joutes chantées, baletis, et pagodes alternatifs, dans une tournée grasse pour des jours gras dans des lieux à choisir ensemble. Nous vous invitons à partir de Viols le Fort, village héraultais a la croisée des plaines arides et des causses humides pour mener la barque jusqu’au traditionnel Mardi Gras du centre ville de Montpellier. A nous de déjouer l’arrivée du Mercredi des Cendres
Dés l'Epiphanie, nous nous transmettrons toutes ces dépenses musicales pour les chanter. Des versions numérisées circuleront au sein du Collectif, étendu sur un vaste territoire et sans identité figée. Toutes les langues, tous les instruments, tous les accessoires, tous les caractères, tous les personnages, toutes les chapelles sont de la partie.
Le procès du Caramentran tiendra siège sur la place publique grâce à vos chefs d’accusation ou à vos plaidoiries de défense, vous choisirez votre camp le moment venu. D’ailleurs chacun d’entre nous sera susceptible de se transformer peu à peu en un Autre, jusqu’à s’exalter dans la carapace d’un personnage inavoué. Le moment venu, vous comprendrez.
Rassurez-vous… De tout ce vacarme, les flammes viendront à bout.
ATTENTION : Le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant ne garantit aucune protection civile ni kit de dialogue avec les CRS, aucun système de sécurité ou d’alarme, aucun blindage de vitrines, aucune combinaison ignifugée ni extincteur, aucun régime alimentaire, aucune limite de consommation, de gaspillage, de gâchis. Aucune taxe n’est prélevée sur la Part Maudite de l’existence humaine que nous célébrons ici. Le C.A.C.A. refuse à s’engager sur les conditions climatiques ainsi que sur les conditions matérielles de notre sédentarité et de notre nomadisme (chapiteau, caravanes, autocar, trottinette, caddys, pétards, moteurs à explosion, matelas, couverture chauffante, bonnets, bouillotte, etc…)
Nation cyclope
En haut du corps, une tête. Au centre
de la tête, un globe luisant. Au centre du globe, un concentration
d'images. Tout défiler très vite. Pas le temps d'arrêter pour
regarder vraiment. Juste voir. Deux dimensions suffisent. Abscisse et
ordonnée. Monoculture mesurée, évaluée, emballée-imposée.
Oeillère conique pour voir au loin. Mais pas ses pieds. L'important
est en haut. Surtout ne pas se relier au bas. Ventre, sexe, pieds.
Odeurs, matières, déchets. Amour au cœur et maternité au sein. En
haut. Oeillère qui aspire le corps jusqu'à la taille. Abscisse et
ordonnée. Disproportions. Deux dimensions. Disparition de la
profondeur. Surface. Disparition du relief. Platitude. Oeillère
télescopique pour voir mieux mais toujours loin. Éloge de la
distance. Universalisme.
Illustration de Sarah Fist'hOle.
Article publié dans le TàDmag n°9 (janvier 2013)
La vieille Europe et le Sauvage chez le Tout-Monde

Le Tout-Monde :
- Nous sommes réunis pour réfléchir ensemble aux allées venues historiques, intellectuelles et artistiques de la prévenue ici présente. Madame Europe, -pardon- Mademoiselle, vous convoquez notre assemblée pour : avoir parcouru le monde sans relâche à la recherche de richesses matérielles, par tous les moyens de locomotion inimaginables, en utilisant tous les combustibles possibles produits par la nature et les hommes ; avoir cru appartenir au centre et partir de ce centre pour faire du reste du monde une vaste périphérie imaginaire et exotique ; avoir exigé des habitants de ces dites périphéries qu’ils adoptent une seule et unique vérité culturelle, spirituelle, et idéologique, la vôtre ; avoir établi une hiérarchie entre les cultures elles-mêmes en vous plaçant en haut de cette échelle évolutionniste et civilisationnelle ; avoir pillé jusqu’à la dernière goutte d’eau, de sueur et de sang ces étranges peuples aux coutumes dissemblables ; avoir tenté d’uniformiser des mondes multiples à partir de votre centre et du haut de votre échelle.
L’Europe :
- Je reconnais tout. Et j’ai décidé de comparaître dans cette assemblée ce soir car il est urgent de vous informer d’une situation très grave… Enfin… J’ai besoin de vous. Vous êtes ma dernière chance, mon seul espoir, l’ultime recours à mon drame : JE ME MEURS. Je croyais avoir tout le nécessaire, même le confort parfois poussé jusqu’au luxe, pour mener mon quotidien, les extras, les plaisirs de la vie. Tout ce qu’il faut pour vivre. J’ai voulu tout connaître, explorer, transmettre, diffuser mes savoirs et mes croyances. J’ai cru en un pouvoir infini par les sciences, les lettres, le beau et le vrai. Oui, j’ai exploité, intimider, fait pleurer, saigner. Je ne pensais pas à mal votre Honneur. J’ai pensé offrir une âme au… au Sauvage. Ce Sauvage que je trouvais déjà beau. Terrifiant… Mais tellement beau. Aujourd’hui je me meurs, parce que je ne crois plus. Je ne crois plus en rien. Mon centre est devenu un gouffre de sens. Cela fait longtemps que je le sens, que je le sais… il n’y a plus de sens. Un déficit, un manque, un complexe. Cette carence que j’essaie pourtant de combler depuis tant d’années n’en finit pas de se creuser. J’ai continué à chercher, à explorer… car il y a -et je ne vous l’apprends pas- encore d’infinis territoires, réserves de richesses insoupçonnées. Voilà ce que je recherche à présent, la seule richesse qu’il me manque, le dernier vide à combler, celui de la culture, celui du sens à défaut de la foi. Je veux être un Sauvage pour communiquer avec la nature. Je veux être un Sauvage pour transmettre mon interprétation de la vie et du monde à mes enfants. Je veux être un Indien, un Autochtone, un Aborigène. Je veux pouvoir retrouver l’inspiration, me ressourcer, voyager, aller vers ceux qui ont une culture.
Le Sauvage :
- Ta requête est entendue. Pour cela, tu dois être exote en ton propre pays. Tu as voyagé, tu as goûté à des saveurs qui dépassaient ton instinct, tu as dansé sur des rythmes profonds, jouer de la musique d’esclaves sans jamais avoir connu le travail forcé, tu as peint la nudité sans jamais avoir marché pieds nus. Fuir ton pays fut une première phase, tu dois maintenant te libérer de lui. Plutôt que d’envier l’Autre pour la connaissance qu’il a de sa propre culture, trouve le chemin de la tienne. Peut-être te faudra-t-il le prendre à rebours, reconstruire des ponts de la mémoire collective, fouiller dans les merdes familiales… Fini l’exotisme. Tu ne peux plus te permettre de chercher des familles d’adoption pour fuir ce qui t’insupporte chez les tiens. Tu ne dois plus justifier tes pillages par le besoin d’inspiration. L’idiot du voyage use le monde et détruit l’objet de sa quête au fur et à mesure qu’il avance vers lui et piétine les terres jusque-là inexplorées. Ta quête d’authenticité restera éternelle si tu ne remontes pas à ta source. Ton désir de te faire Sauvage est un désir de liberté. Mais la liberté n’est pas un état. Elle est un chemin. Si tu as cru que j’étais libre, c’est parce que je me suis toujours senti prisonnier. C’est mon mouvement perpétuel vers une libération que tu perçois. Tu n’as plus cette démarche parce qu’on t’a fait croire que tu étais libre de tout : libre de détruire le sens, d’acheter toutes les valeurs fondatrices de l’humanité, de les vendre, de casser les modèles sans jamais en reconstruire aucun, libre d’obéir à un système qui te met au centre. Cherche ta liberté dans le chemin. Ton cheminement sera plus fécond que ta réussite.
- Nous sommes réunis pour réfléchir ensemble aux allées venues historiques, intellectuelles et artistiques de la prévenue ici présente. Madame Europe, -pardon- Mademoiselle, vous convoquez notre assemblée pour : avoir parcouru le monde sans relâche à la recherche de richesses matérielles, par tous les moyens de locomotion inimaginables, en utilisant tous les combustibles possibles produits par la nature et les hommes ; avoir cru appartenir au centre et partir de ce centre pour faire du reste du monde une vaste périphérie imaginaire et exotique ; avoir exigé des habitants de ces dites périphéries qu’ils adoptent une seule et unique vérité culturelle, spirituelle, et idéologique, la vôtre ; avoir établi une hiérarchie entre les cultures elles-mêmes en vous plaçant en haut de cette échelle évolutionniste et civilisationnelle ; avoir pillé jusqu’à la dernière goutte d’eau, de sueur et de sang ces étranges peuples aux coutumes dissemblables ; avoir tenté d’uniformiser des mondes multiples à partir de votre centre et du haut de votre échelle.
L’Europe :- Je reconnais tout. Et j’ai décidé de comparaître dans cette assemblée ce soir car il est urgent de vous informer d’une situation très grave… Enfin… J’ai besoin de vous. Vous êtes ma dernière chance, mon seul espoir, l’ultime recours à mon drame : JE ME MEURS. Je croyais avoir tout le nécessaire, même le confort parfois poussé jusqu’au luxe, pour mener mon quotidien, les extras, les plaisirs de la vie. Tout ce qu’il faut pour vivre. J’ai voulu tout connaître, explorer, transmettre, diffuser mes savoirs et mes croyances. J’ai cru en un pouvoir infini par les sciences, les lettres, le beau et le vrai. Oui, j’ai exploité, intimider, fait pleurer, saigner. Je ne pensais pas à mal votre Honneur. J’ai pensé offrir une âme au… au Sauvage. Ce Sauvage que je trouvais déjà beau. Terrifiant… Mais tellement beau. Aujourd’hui je me meurs, parce que je ne crois plus. Je ne crois plus en rien. Mon centre est devenu un gouffre de sens. Cela fait longtemps que je le sens, que je le sais… il n’y a plus de sens. Un déficit, un manque, un complexe. Cette carence que j’essaie pourtant de combler depuis tant d’années n’en finit pas de se creuser. J’ai continué à chercher, à explorer… car il y a -et je ne vous l’apprends pas- encore d’infinis territoires, réserves de richesses insoupçonnées. Voilà ce que je recherche à présent, la seule richesse qu’il me manque, le dernier vide à combler, celui de la culture, celui du sens à défaut de la foi. Je veux être un Sauvage pour communiquer avec la nature. Je veux être un Sauvage pour transmettre mon interprétation de la vie et du monde à mes enfants. Je veux être un Indien, un Autochtone, un Aborigène. Je veux pouvoir retrouver l’inspiration, me ressourcer, voyager, aller vers ceux qui ont une culture.
Le Sauvage :- Ta requête est entendue. Pour cela, tu dois être exote en ton propre pays. Tu as voyagé, tu as goûté à des saveurs qui dépassaient ton instinct, tu as dansé sur des rythmes profonds, jouer de la musique d’esclaves sans jamais avoir connu le travail forcé, tu as peint la nudité sans jamais avoir marché pieds nus. Fuir ton pays fut une première phase, tu dois maintenant te libérer de lui. Plutôt que d’envier l’Autre pour la connaissance qu’il a de sa propre culture, trouve le chemin de la tienne. Peut-être te faudra-t-il le prendre à rebours, reconstruire des ponts de la mémoire collective, fouiller dans les merdes familiales… Fini l’exotisme. Tu ne peux plus te permettre de chercher des familles d’adoption pour fuir ce qui t’insupporte chez les tiens. Tu ne dois plus justifier tes pillages par le besoin d’inspiration. L’idiot du voyage use le monde et détruit l’objet de sa quête au fur et à mesure qu’il avance vers lui et piétine les terres jusque-là inexplorées. Ta quête d’authenticité restera éternelle si tu ne remontes pas à ta source. Ton désir de te faire Sauvage est un désir de liberté. Mais la liberté n’est pas un état. Elle est un chemin. Si tu as cru que j’étais libre, c’est parce que je me suis toujours senti prisonnier. C’est mon mouvement perpétuel vers une libération que tu perçois. Tu n’as plus cette démarche parce qu’on t’a fait croire que tu étais libre de tout : libre de détruire le sens, d’acheter toutes les valeurs fondatrices de l’humanité, de les vendre, de casser les modèles sans jamais en reconstruire aucun, libre d’obéir à un système qui te met au centre. Cherche ta liberté dans le chemin. Ton cheminement sera plus fécond que ta réussite.
Le Professeur Proutskaïa vous parle
Pourquoi les Pygmées ?
ou "un maudit Français au Québec"
(Tad n°6)

Très chers lecteurs, vous qui êtes si fidèles à mes préceptes philosophiques, il me faut aujourd’hui me confier à vous et vous interpeler sur de sombres agissements au sein de la corporation ethno-musicologique. Je fus confronté, dans le cadre d’un colloque international (car j’ai la chance de me déplacer à moindre frais en classe affaire pour 20 minutes de présentation puis 6 jours de balades touristiques ou de débats stériles – au choix), à une situation très embarrassante, et à laquelle je n’ai toujours pas les moyens de répondre de manière concrète. Une chercheuse venant d’acquérir une chaire de musicologie à l’Université de Montréal (pour ne pas la nommer), jeune collaboratrice d’un grand ethnomusicologue sur le déclin spécialiste des Pygmées (pour ne pas le nommer), nous a présenté ces dernières expériences sur l’émotion musicale grâce à une collaboration avec les neuropsychologues de la musique. En effet, les départements de musique et de neuropsychologie sont voisins sur le campus, d’où de fructueuses coopérations pour le seul intérêt scientifique vous vous en doutez bien. Cette charmante femme s’est donc rendue auprès de « Pygmées » avec un protocole d’enquête bien peu probable, et pourtant : il s’agissait (partant du postulat que ces « petits noirs » n’auraient jamais été en contact avec la culture occidentale) de leur faire entendre des morceaux de musique occidentale (partant du postulat que la culture occidentale, si tant est unique, se limiterait à des sonates pour piano) et qu’ils désignent un des trois visages photographiés présentés devant eux d’une femme occidentale (donc blonde et blanche). L’auditeur avait donc le choix entre un visage triste, un visage joyeux, et un visage apeuré (partant du postulat que les émotions sont universelles ainsi que la façon de les exprimer). Un choix haut en couleur qui reflète bien le panel émotionnel des Occidentaux (partant du postulat qu’ils existent) dont certains Indiens se moqueraient bien faisant référence à la théorie du rasa.

Que montre l’expérience ? Premièrement, la chercheuse n’avait rien à faire dans un colloque d’ethnomusicologie, car cette discipline n’est pas la musicologie des « ethnies » mais bel et bien un travail anthropologique sur des thèmes musicaux. Or sa posture sur le terrain était bien loin d’une attitude ethnographique, empathique, immersive etc… Elle arrive avec un dispositif pseudo-scientifique et technique qui lui donne les mêmes attributs que ses prédécesseurs du siècle dernier dans les colonies mondiales. Deuxièmement, telle Diane Fossey avec ses gorilles, elle présente un protocole d’enquête qui ne prend pas en compte la parole des informateurs, voire la nie totalement en leur présentant des images à désigner du doigt. Ou simplement que personne de l’équipe scientifique n’était armé pour dialoguer dans la langue de cette nation pygmée. Car en effet, les Pygmées n’existent pas. Cette désignation provient d’un terme de grec ancien, et voici de nombreux siècles que les différentes « nations » se distinguent entre elles, malgré les récentes études sur leur ADN et leur origine génétique commune (un autre programme de recherche hautement financé était également présenté par une équipe française lors de ce colloque, il alliait entre autres ethnomusicologie et génétique). Ma question reste somme toute très pragmatique : pourquoi les Pygmées ? Parce qu’ils ont du temps à consacrer à la recherche franco-québécoise ? Parce qu’ils ne sont pas choqués qu’on leur recherche une fois de plus une origine génétique commune (ce qui ne serait-pas le cas d’autres groupes ayant déjà subi des sévices exterminateurs) ? Parce qu’ils sont en train de disparaître de leur milieu de vie rural pour galérer en ville, sans papiers, adoptant l’idée douloureuse qu’il est temps de se plier au « développement » ? Je vous concerte car les bras m’en tombent, et que moi-même ne suis pas digne de relever un débat scientifique de cette hauteur pygmoïde.
Soyons irrécupérables !
Il ne s’agit nullement d’une injonction anti-écolo ou contre-glanage, mais bel et bien d’un appel à la résistance dans nos productions artistiques et intellectuelles. De quelles manières produire une connaissance valable qui ne soit pas récupérable par des idéologies contraires et ennemies ? Prenons l’exemple d’un texte à la fois scientifique et littéraire comme pourrait l’être celui d’un ethnographe. L’ethno-graphe, celui qui « écrit » un « peuple » a encore aujourd’hui deux possibilités. La première, écrire dans les rails de l’académisme, se garantissant une carrière universitaire, et adhérer au ton « neutre », celui de l’objectivité. La seconde, écrire à partir de lui, se préparant aux accusations de postmodernisme par ses collègues, et utiliser le jeu de la subjectivité, le « je » qui a vécu et témoigne de sa place. Finalement laquelle de ces deux écritures est selon vous la plus irrécupérable ? Quitte à ne pas être une science exacte, autant choisir le mode subjectif à ne pas confondre avec le mode autobiographique et narcissique. Il s’agit par un travail réflexif, parfois même de socio-analyse, d’inclure dans son écriture une description du point d’observation et une démythification du regard. Le lecteur est ainsi informé de l’origine du texte. L’ethnographe se livre au lecteur comme l’aborigène de ce texte. Nous déconstruisons la définition littérale de « ethnographie » comme « écriture d’un peuple » pour proposer « informer de l’origine du texte ». La plus vulnérable des écritures, la plus récupérables, serait celle qui reste dans l’entre-deux, qui se voudrait neutre tout en étant nourrie d’éléments inconsciemment normés par la culture de l’auteur et présentés comme objectifs. L’objectivité parait presque à ce niveau-là et dans les sciences dites « humaines » être une contrainte imposée par le haut pour inciter à la production d’un texte creux mais imposant dans sa forme. Tel un monument historique sculpté dans la pierre la plus indestructible mais qui serait au fil de l’histoire au centre de commémorations contradictoires. Soyons irrécupérables ! N’acceptons pas ce cadre, au départ adapté aux sciences dures, dans nos réflexions humaines sur le multiple et la complexité du réel. Et à nous également de sortir du texte. L’acte est d’autant plus irrécupérable qu’il est libre de contraintes académiques et d’autocensure bien pensante. Nos corps et nos voix, dans l’instant, ne peuvent être récupérés si nous restons radicaux. Si nous parlons de là où nous sommes, sans chercher de légitimité, sans asseoir un pouvoir, si nous disons juste qui nous sommes et ce que nous voyons. Si nous n’abandonnons jamais notre esprit critique et notre conscience du global dans l’instant et dans l’histoire. Là aurons-nous peut-être réussi à être irrécupérables, si nous ne le sommes pas déjà depuis longtemps. Notre « irrécupérabilité » est à la fois cause et conséquence de notre liberté, et notre recherche collective. (Les Aborigènes, Editorial du Tad n°6, 2010)
Prière à Sainte Précaire

« Délivrez-nous Sainte Précaire,
maintenant que nous sommes vivants,
des turpitudes intellectuelles
qui nous rendent lucides sur la cruauté du monde.
Permettez-nous de ne plus analyser le monde social,
D’accepter les hiérarchies, de nous soumettre aux puissants,
De façon à nourrir nos proches, nos enfants,
Sans se compromettre aux yeux de notre Seigneur.
Donnez-nous aujourd’hui les certitudes d’un monde figé,
Pour que nous puissions dresser nos frères
et répondre à la demande du marché.
Nous oublierons les enseignements passés, les connaissances usées,
maintenant que nous sommes vivants,
des turpitudes intellectuelles
qui nous rendent lucides sur la cruauté du monde.
Permettez-nous de ne plus analyser le monde social,
D’accepter les hiérarchies, de nous soumettre aux puissants,
De façon à nourrir nos proches, nos enfants,
Sans se compromettre aux yeux de notre Seigneur.
Donnez-nous aujourd’hui les certitudes d’un monde figé,
Pour que nous puissions dresser nos frères
et répondre à la demande du marché.
Nous oublierons les enseignements passés, les connaissances usées,
Pour nous plier aux normes et aux règles de l’évolution »
(icône par Julien Cordier)
Tout Monde
La multiplicité du dedans est ma façon d'être au monde. Monde complexe du vivant. Comment accepter une simplification de soi-même quand on tend vers la connaissance ?
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