En écoute ici dans un bel article pour FIP.
a água tem veneno querido, quem bebeu morreu
- quero bem mais não posso te amar
Àgua tem veneno, o rio gemeu
o cel caiu, já chorou querido, meu sonho morreu
- te escuto bem mas não posso te salvar
Lascive montagne, tous te croyaient immuable
- C'est irrémédiable, ma course devient fatale.
Au creux de ton ventre se verse une volupté
- Sous l'eau galopante il nous faut nous soulever
O cel já caiu, meu arvore gemeu
pássaros tremem você ouviu ? só pedras crescem
- eu luto bem mas não posso te curar
Pássaros tremem, a minhoca gemeu
não tem mais terra para dançar : eu pisei na pedra
Les esprits cailloux, les insectes besogneux,
nous glisserons ensemble
dans un mouvement périlleux.
Végétaux timides et minuscule femme vallée
- Nous nous bercerons, la montagne est notre alliée
Terra querida, você tá doente
mas eu nao posso te abandonar…
Terra Querida raconte le départ d'une montagne qui ne veut plus faire partie de ce monde en train de brûler et de mourir. Terra Querida s'inspire d'un coco populaire du Nordeste et développe le propos autour d'une fin du monde annoncée mais aussi déjà vécue depuis le point de vue autochtone au moment de la colonisation. Selon les penseurs Davi Kopenawa ou Ailton Krenak, cette fin du monde se manifeste aussi par l'arrêt du rêve, la chute du ciel ou encore par faire le deuil d'une rivière... Avec ce morceau, Poplitê ouvre un dialogue avec une montagne, prise ici comme membre de la famille, qui a décidé de se mettre en mouvement. Nous sommes, ensemble, confiné.es sur une terre malade mais aimée. Ne l'abandonnons pas.
"Notre époque s'est spécialisée dans la création du manque : de sens pour la vie en société, de sens pour l'expérience de la vie elle-même. Cela engendre une très grande intolérance à l'égard de quiconque est encore capable d'éprouver le plaisir d'être en vie, de danser, de chanter. Et il y a plein de petites constellations de gens éparpillés dans le monde qui dansent, chantent, font tomber la pluie. Le genre d'humanité zombie que nous sommes appelés à intégrer ne tolère pas tant de plaisir, tant de jouissance de la vie. Alors, il ne leur reste, comme moyen de nous faire abandonner nos propres rêves, qu'à prêcher la fin du monde. Ma provocation concernant les idées pour retarder la fin du monde suggère très exactement ceci : développons nos forces à pouvoir toujours raconter une histoire de plus, un autre récit. Si nous y parvenons, alors nous retarderons la fin du monde (...) Cela fait 500 ans que les Indiens résistent, à cet instant ce qui me préoccupe davantage, ce sont les Blancs, comment eux vont-ils faire pour s'en sortir ? »
Extraits de Idées pour retarder la fin du monde de Ailton Krenak, éditions Dehors, 2020 (édition française).

