Faisons Gras et Cendres Le Carnaval n'est pas un festival Ce n'est pas parce que nous sommes un peu niçois que nous nous approprions le Carnaval, Mais bel et bien parce qu'il est scandaleux et impertinent. Carnaval se moque de l'inter-culturalité, Carnaval préfèrerait à la limite être trans-culturel, d'ailleurs Carnaval se moque de la Culture tout court surtout quand elle porte la majuscule des dominants. Carnaval est païen, gourmand et insolent. Mais Carnaval est aussi un roi. Le roi des vents. Si nous nous approprions le Carnaval, c'est que la contestation doit se réinventer. Carnaval accueille les insoumis dans ses rues et nous force à inventer de nouvelles armes. Mais pas que du vent. Aussi du gaz, de l'explosif et de l'hilarant. Quand le Pouvoir s'approprie Carnaval, il maintient l'ordre social en feignant de le renverser. Nous ne sommes pas dupes. Les masques du Pouvoir, nous les arrachons aussi grâce à nos bâtons de connaissance. Nos savoirs déconsidérés sont les mieux à mêmes de démasquer les puants aux dents blanches, les salauds aux mains propres, les nazillons démocrates ou les spéculateurs concentrationnaires. Nous ferons gras et cendres en soutien aux peuples qui s'élèvent dans les inavouées"colonies" françaises. Nous ferons gras et cendres jusque dans le Carême politique et économique que l'on nous impose. Ne laissons pas Carnaval otage de l'industrie, otage des médias, otage du divertissement. Libérons Carnaval des dominants et de leurs cages dorées. Que vive Carnaval !
Carnaval de la Plaine 2006. Procès du caramentran (cette année-là Gabi le Gabian) : procès des dirigeants locaux et nationaux, des entreprises privées qui se gavent d'argent public, et de tous les acteurs de la gentrification marseillaise et mondiale.
" Le petit paysan voit son mode de vie, ses objets quotidiens, survalorisés et mythifiés alors que lui-même en était arrivé à les déprécier et à vouloir imiter les modèles de la ville. Et voilà que les gens de la ville feignent de l'envier. Il sait son monde condamné, et la civilisation qui le tue le pare au dernier moment de toutes les vertus. Cette culture populaire que les paysans, et plus généralement les minoritaires, laissaient mourir parce que la promotion sociale et le progrès l'exigeaient, voilà que réduite en folklore, elle devient un objet marchand. Eux-mêmes sont des objets marchands, ils font partie des biens de la réserve indienne, du patrimoine que le tourisme met en valeur. Alors ils sont flattés et amers en même temps", Roland Pécout, Musiques folk des peuples de France, 1978.
[...] Si nous traçons la carte de la diffusion du samba comme pratique amateur, nous voyons comment la diffusion est fortement influencée par des critères économiques (la pratique se diffuse principalement en Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon et depuis peu en Chine). A l’explication anthropologique du phénomène de diffusion doit s’ajouter une explication sociologique et politique pour élucider un double mouvement global de diffusion de la musique : l’industrialisation de la culture selon le modèle occidental dominant et les appropriations des cultures locales et « authentiques » par les populations les plus riches de la planète. Le premier mouvement de diffusion fait l’objet de nombreux travaux philosophiques, anthropologiques, sociologiques et ethnomusicologiques. Leur portée critique générale fait écho aux diffusionnistes américains qui déjà dénonçaient l’uniformisation culturelle en marche. Dans son texte « cultures authentiques et cultures inauthentiques »[1], un article plus personnel que scientifique, Edward Sapir parle d’une « culture disséminée sur une étendue infinie, perdant sa vigueur et sa subtilité », et de la culture diffusée comme culture « diluée », ou encore « culture en boîte » ou culture « administrable ». Il donne déjà à l’époque une définition de ce que nous appelons aujourd’hui la globalisation sous le terme d’« internationalisme économique et semi-politique » basé sur la « civilisation industrielle », « le sens du progrès », et « l’uniformisation culturelle ». Ce phénomène de diffusion est selon lui soldé par un « échec culturel », un « grand vide » que la prospérité ne comblera jamais, en détruisant le rôle générateur de valeurs culturelles des individus. Cette pensée critique apparaîtra régulièrement dans d’autres courants qui s’inspirèrent du diffusionnisme, notamment les recherches sur l’acculturation avec Bastide qui parlait d’Involution pour nommer « l’uniformisation progressive de l’humanité selon le modèle occidental » ou les travaux des penseurs contemporains de la globalisation sur la diffusion de la culture de masse et les menaces qui pèsent sur la diversité culturelle. Ce premier mouvement de diffusion paraît alors être la cause d’un autre mouvement de diffusion dont l’école de samba Papagaio est un exemple. Il ne s’agit pas de la diffusion d’une culture de masse, ou d’un modèle occidental au sens où les auteurs précédents l’entendaient. Il est ici question d’une diffusion culturelle marquée par de nouvelles formes d’exotisme et qui se justifie comme réponse à une prétendue « carence » de traditions et de pratiques festives. Un axe de recherche beaucoup moins présent dans le paysage anthropologique mais qui commence à se faire entendre, notamment au Brésil. José Jorge de Carvalho de l’Université de Brasilia parle par exemple de « cannibalisme musical » ou de « fétichisation des traditions ». Et ce que j’appelle l’« appropriation » de la musique sur mes terrains en France et au Brésil peut être également analysé en termes d’« expropriation » de la musique : nous pouvons être Finlandais et jouer du samba à condition de le désacraliser et de le dépolitiser, de le déterritorialiser. Quoique radicale, cette pensée donne une profondeur aux recherches sur la diffusion en s’attaquant aux effets locaux que la globalisation génère et en soulevant les enjeux culturels profonds qui agitent notre monde contemporain [...]. Vaillant A., 2008. [1] SAPIR Edward, Anthropologie, Editions de Minuit, Paris, 1967, p. 325-358.
[...] À partir de l’observation de l’alternative des Diables Bleus à Nice et des pratiques de résistances sociales et culturelles que les individus mettent en œuvre, nous pouvons dire que cet objet d’étude nous interpelle sur les rapports que l’individu entretient avec la structure. En effet, la proposition de l’alternative invite les acteurs à prendre conscience de leur pouvoir d’action sur le social tout en contournant des structures qui semblent déterminées. L’action collective, l’appropriation d’espaces, l’instauration d’un fonctionnement nouveau, la réactualisation de traditions sont des manifestations parmi tant d’autres d’une participation active et volontaire à l’élaboration de nouveaux modes d’existence. Ceux-ci expriment le désir de substituer la maîtrise sociale, spatiale, temporelle, et la maîtrise de soi, au contrôle social traditionnel et structurel. La stratégie alternative de contournement ou d’évitement est en fait un moyen de résistance au pouvoir des structures dans la mesure où elle s’échappe de la relation dialectique d’une contestation par l’opposition avec ce pouvoir. La seule véritable rupture que provoque l’expérience alternative est celle qui s’opère avec la « résignation fataliste » entretenue par les processus de naturalisation des phénomènes sociaux. La militance, en tant qu’« action construite collectivement en vue de dénoncer le mensonge du discours dominant » est un moteur du projet alternatif dans lequel sont dénoncés l’aberration du productivisme et du libéralisme, la dépendance économique, politique et sociale programmée par la société marchande, et l’illusion du monde subi. Le projet révèle, dans sa concrétude d’action, la possibilité de fonctionner ensemble différemment et d’envisager son existence en contournant les hiérarchies de pouvoirs, leur centralisation, les assignations de rôles sociaux, la reconnaissance institutionnelle, ou encore les valeurs du travail et de la propriété privée.
L’autogestion collective et l’autonomie individuelle sont les outils d’une liberté de choix et d’action pour tous contre le fatalisme politique et économique de la pensée dominante. Les logiques d’action collective et d’appartenances « créent de l’initiative, de la cohésion et du sens », et c’est justement le sens qui s’absente peu à peu dans les processus de globalisation. La mondialisation provoque une perte de repères spatiaux et temporels, et le non-sens d’une priorité de la marchandisation sur les relations humaines. Cet effondrement du sens appelle les acteurs sociaux responsables à devenir les artisans de leur existence en recréeant du sens. L’alternative renverse les valeurs dominantes du marché en permettant en son sein de rétablir d’autres valeurs comme la parole face à la communication, le pas de l’homme face à l’urgence, l’épanouissement de soi face à l’efficacité, le temps face à l’argent ou encore la sociabilité face à la compétition…
La particularité du fonctionnement alternatif tel que nous l’avons observé aux Diables Bleus réside dans la défense d’un individualisme au profit d’une vie collective équilibrée. Il s’agit d’un individualisme en tant que valeur de liberté qui souhaite s’imposer contre l’individualisme contemporain régi par la conservation de privilèges et source d’un appauvrissement du lien social. De la même façon qu’un individu peut penser sa place dans la société à partir de la prise de conscience de sa liberté individuelle, l’action collective donne au groupe une capacité de traduction et d’interprétation à dire le monde qui lui est propre. C’est de cette façon que le local touche le global : l’expression alternative de l’appartenance locale n’est plus un repli identitaire mais l’élaboration d’un rapport au monde par la connaissance de soi. Le sentiment d’appartenance donne de cette façon une impulsion au partage d’un sentiment universel de dignité. Les individus inventent de nouvelles façons de faire ensemble en devenant les « libres créateurs de significations » de leurs mondes locaux et du monde global, et en tentant d’instaurer un « juste équilibre entre la condition locale d’existence et le sentiment d’appartenir à un vaste monde », entre une conscience de soi et un rapport à l’universel. Ainsi, les individus s’engagent dans ce que Georges Balandier nomme « la bataille du sens contre la puissance » grâce au projet utopique de l’alternative qui leur permet de donner du sens à un présent en proie à la puissance d’une mondialisation en marche. (Vaillant A., 2003)
Le 1er mai à Rauba Capeu, au pied du chateau qui n'existait pas, viennent autour de la Santa Capelina ceux qu'on appelle les travailleurs du chapeau, de l'imagination, du pantai (mot niçois intraduisible). Ils amènent le poisson frais pour la soupe, de quoi jouer, danser, et chanter et déposent leurs voeux auprès de la Santa avant de l'accompagner en musique dans une procession qui finira dans l'eau. Cette fête a lieu tous les 1ers mai à Nice depuis 15 ans. A l'année prochaine !
[...] Après la pénétration de la musique brésilienne en Europe au début du XXème siècle, c’est un « brésilianisme » qui se construit en France à partir de la fin des années 1950, lors de la sortie du film de Marcel Camus Orfeu Negro. Ce mouvement influencera plus au départ le spectacle vivant et la musique de variétés que les pratiques musicales elles-mêmes. Depuis cette époque, un phénomène de « cryométonymie »[1] est à l’œuvre en France, ou encore en Europe, qui consiste à identifier le Brésil en le représentant par l’aspect musical de sa culture. Celui-ci est cependant relié à sa portée politique : « la musique brésilienne véhicule une certaine idée de la démocratie (…) La naissance de la Bossa Nova est simultanée à la naissance de Brasilia, une ville révolutionnaire (…) Et la MPB[2], dont le chef de fIlé était Chico Buarque, était un exemple de résistance à la dictature militaire[3] » décrit André Midani, le Commissaire de la Saison du Brésil en France en 2005. Si le Brésil est le premier partenaire commercial de la France en Amérique Latine, et que les échanges scientifiques et techniques sont conséquents[4], c’est la création musicale qui sera mise en avant dans cette manifestation culturelle. L’association Française d’Action Artistique qui coordonne cette saison se donne pour objectif officiel sur son site internet[5] de « resserrer les liens » entre les deux pays : « un Brésil créatif, modèle de diversité et de rencontres culturelles », et une France « creuset de cultures très différentes où la mécanique de l’intégration a longtemps bien fonctionné et connaît aujourd’hui des difficultés ». L’association parle d’un « modèle brésilien de paix sur la scène internationale », d’un modèle d’intégration « harmonieux », et d’une « cohérence » dans la diversité culturelle brésilienne. Le discours institutionnel français relaie donc cet imaginaire politique idéal, transmis en majeure partie par la musique brésilienne en circulation depuis le début du XXème siècle en France.
On peut se demander dans quelles mesures cet imaginaire politique créé autour du Brésil aurait pu influencer un mouvement comme Zou Mai dans le choix de pratiquer la batucada. Au-delà d’un objectif de contestation sociale et culturelle, que les membres de Zou Mai auraient projeté sur les percussions brésiliennes collectives, l’appropriation d’une pratique musicale brésilienne n’est-elle pas politiquement confortable ? En effet, la communauté brésilienne étant peu représentée à Nice, la batucada s’échappe de fait d’une catégorie de pratique culturelle communautaire. Il ne s’agit pas de s’approprier la musique qu’un groupe socioculturel français revendique déjà comme un outil de contestation sociale et d’expression identitaire, comme le rap. Il ne s’agit pas non plus de s’approprier une musique d’Amérique du Nord ou anglo-saxonne, comme ont pu le faire des musiciens traditionalistes occitans dans les années 1970 ou, ici encore, des rappeurs des milieux urbains défavorisés liant leur expérience de « la banlieue » à celle des ghettos afro-américains[6]. Un actuel « degré d’antipathie envers la culture populaire américaine » (Stokes, 2004, p. 374) au sein de certains mouvements dits « alternatifs » animés par les classes moyennes et intellectuelles, pourrait expliquer ce possible confort de projection sur le Brésil et sa culture musicale, à la fois institutionnalisée, connue de tous, et base d’une contestation sociale, dans une quête de ses racines.
L’imaginaire français autour de la culture brésilienne qui s’est construit à travers le siècle dernier a contribué à la création de nombreuses batucadas en France. La « confortable » appropriation de la musique brésilienne par ces groupes français repose d’abord sur les représentations communes de Carnaval, de fête, et de « défoulement » collectif puis sur un idéal socioculturel et politique brésilien. Cela n’empêche pas chaque groupe de justifier différemment sa démarche d’appropriation : substitut à un folklore inexistant ou méconnu, facilités d’apprentissage et efficacité sonore, passion musicale du samba ou, de manière évasive, « le besoin d’exotisme »[7]. Ces diverses intentions d’appropriation trouvent leur sens propre à l’intérieur de leur sphère d’existence et s’intègrent aux stratégies de vie locales et particulières. Si l’imaginaire propre à chaque batucada a son caractère autoréférentiel[8], la situation d’appropriation sur place, au Brésil, est en elle-même créatrice d’expériences communes à tous ces groupes qui restent alors, malgré leurs pratiques distinctives parfois localistes, des Français aux yeux des Brésiliens [...]. Vaillant A., 2005.
[1] D’après Arjun Appadurai in FRIEDMAN Jonathan, « Des racines et (dé)routes. Tropes pour trekkers », L’Homme n°156, EHESS, 2000, pp. 187-206 (p. 189) [2] La Musique populaire brésilienne. [3] Qui a duré de 1964 à 1985. [4] Site du Ministère des AffairesEtrangères, http://www.diplomatie.gouv.fr/. [5]http://afaa.asso.fr/. [6] STOKES Martin, « Musique, identité et « ville-monde ». Perspectives critiques », L’homme n°171-172, Musique et anthropologie, EHESS, Paris, 2004, pp. 371-388 (p. 374) [7] Tour de table entre membres de batucadas différentes en mars 2004, à Récife. [8] Jean-Loup Amselle in TURGEON Laurier, DELAGE Denys, OUELLET Réal, Transferts culturels et métissages Amérique/Europe XVIème-Xxème siècle, L’Harmattan, Paris, Anthropologie du monde occidental, Presses de l’Université Laval, 1996 (p. 59)
"La grande marche mécanique de la civilisation avait si bien nivelé le monde que cela semblait une trahison [...] de douter que ce qui était bon pour une nation ou pour un peuple le soit aussi pour les autres. Mais de même qu'il n'avait jamais peur de mettre les idées à l'épreuve, il n'avait pas, non plus, peur de douter. Tous les peuples devaient lutter pour survivre, mais ce qui était salutaire à un homme pouvait être nocif pour un autre, et il en était de même pour les communautés ou les peuples." (Claude McKay, Banjo, 1928)
[...] Tel un produit culturel, la musique de batucada circule à l’échelle du globe. Il ne s’agit pourtant pas d’une marchandise ordinaire mais d’un bien culturel[1] chargé de sens dans sa culture d’origine, en tant que musique particulariste et identitaire, et réinvesti de sens dans les cultures d’accueil, en tant que pratique musicale considérée comme accessible et adaptable à toute sorte de situations localisées. L’expansion des voyages « musicaux » au Brésil, organisés par des groupes entiers de musiciens amateurs étrangers, a développé le marché touristique local autour de la musique. A Salvador de Bahia, dans le quartier touristique du Pelourinho, de nombreuses associations culturelles et magasins d’instruments organisent des cours de percussions ou de danses brésiliennes et africaines pour les étrangers. Le samba-reggae par exemple, une musique revendiquée par le Ilé Aiyé comme l’expression du peuple noir et de son lien avec l’Afrique, devient une attraction assumée par d’autres organismes culturels. Ainsi, autour d’un même bien culturel peuvent cohabiter des démarches a priori opposées d’affirmation identitaire, d’autonomie culturelle, et d’uniformisation commerciale à l’attention des étrangers.
Cette cohabitation entre forme de protestation sociale et marché de l’exotisme s’inscrit dans un phénomène de « globalisation de l’ethnicité »[2]. Le Ilé Aiyé, par exemple, défend l’idée que le samba-reggae est un attribut « ethnique » tout en donnant un support d’expression musicale à leur mouvement social et culturel. Mais cet attribut ethnique est désormais attractif, recherché puis consommé par de nombreux occidentaux. Si l’on peut y voir une sorte de revanche politique sur l’Occident, comme une « colonisation culturelle à l’envers »[3], il n’en reste pas moins que la domination économique des pays du nord sur les pays du sud façonne l’offre d’exotisme, comme consommation du monde et de l’Autre[4]. Ainsi, l’imitation occidentale de pratiques culturelles exotiques incite l’imité à garder son rôle de modèle exotique. L’attrait international pour la musique brésilienne crée sur place des mises en scène touristiques de la pratique musicale mais également une constante performance musicale[5] de certains Brésiliens dans leurs interactions avec les étrangers.
En plus de « l’influence profonde de l’expression créatrice des Américains-Africains sur la culture occidentale »[6], la musique « noire » est restée le symbole de peuples réprimés et en lutte[7]. Les projections du Ilé Aiyé sur une Afrique idéalisée permet de construire une légitimité culturelle au peuple noir de Bahia. Leur démarche d’autoaffirmation[8] est tournée vers un passé mythifié pour reconstruire des héritages en particulier musicaux, linguistiques et religieux. La musique reste alors un domaine traversé d’« essentialisme stratégique »[9] : les Noirs du Brésil peuvent jouer les mêmes rythmes que les Africains, leurs racines communes leur auraient donné ce même « sens du rythme ». En déniant aux autres groupes, notamment aux Blancs, l’accès à certaines musiques « ethniques », le Ilé Aiyé ne réagit-il pas justement à leur domination culturelle[10] ? Et cet essentialisme ne s’accentue-t-il pas face à l’attraction des « Occidentaux » pour ces musiques qui semblent circuler si facilement ? [...], Vaillant A., 2005.
[1] WARNIER Jean-Pierre, La mondialisation de la culture, La découverte et Syros, Paris, 1999, p. 4. [2] Selon l’expression d’Elisabeth Cunin. [3] PORTIS Larry, « Musique populaire dans le monde capitaliste : vers une sociologie de l’authenticité », L’homme et la société n°126, 1997/4, L’harmattan, Paris, pp. 69-86 (p. 76) [4] MARTIN Denis-Constant (ed.), Sur la piste des OPNI (Objets politiques non identifiés), Editions Khartala, Paris, 2002 (p. 398) [5] SAADA Emmanuelle, « Entre « assimilation » et « décivilisation ». L’imitation et le projet colonial répulicain », Imitation et anthropologie, Terrain n°44, 2005 (p. 30) [6] Portis, 1997, p. 74. [7] Id., Ibid., p. 76. [8] Jean-Luc Bonniol in DIMITRIJEVIC Dejan (dir.), Fabrication des traditions. Invention de modernité, Editions de la Maison des sciences de l’Homme, Paris, 2004 (p. 154) [9] Portis, 1997, p. 84. [10] POUTIGNAT Philippe et STREIFF-FENART Jocelyne, Théories de l’ethnicité, PUF, Paris, 1995 (p. 167)
"De la spécificité temporelle des terrains carnavalesques" in Nathalie Gauthard, Blodwenn Mauffret, Monika Salzbrunn, Enquêter en carnaval. Méthodologies créatives autour d'un plaisir partagé, Presses Universitaires de Rennes, 2025.
Carnavale-toi ! Petit guide d'émancipation féministe carnavalesque, par les Reines Pédauques, Collection Radeau aux éditions Cambourakis, 144p, 2025
"Appropriation culturelle : l'exemple de la batucada", revue Culture et Démocratie, Pratiques musicales collectives : quel pouvoir d'agir ?, Hors-Collection, 2024
"La batucada des gringos. Émergence des débats sur l’appropriation culturelle sur le terrain des musiques de rue brésiliennes dans les années 2000", revue Appartenances et Altérités (Cahiers de l'URMIS), numéro Autour de l'appropriation culturelle : posséder ou partager des cultures ?, 2023
"C’est quoi « faire carnaval » aujourd’hui ?", Université Buissonnière de la Fédération des Arts de la Rue, "La rue à sens public", 14 novembre 2023, Montpellier
« De l'oralité à la parole. Retours sur la réalisation de l'Autre Tradition », colloque Matrimoine oral : mettre en lumière les femmes invisibilisées, de l'APACC, Médiathèque Françoise Sagan, jeudi 19 octobre 2023, Paris.
« La moralisation de carnaval » (vidéo), Rencontres Festimonia Carnaval : professionnalisation, patrimoine et société, FCF France, OPCI-Ethnodoc, samedi 23 septembre 2023, Nantes.
"Le retour des refoulés : les carnavals sauvages comme folklore de première nécessité", communication au colloque pour les 150 ans du Carnaval de Nice 2023.
« Carnaval sauvage et langage », webinaire Le carnaval et ses langages : du charivari au message, samedi 5 novembre, Compagnie Dife Kako, Paris (2022)
« La fête du pois-chiche de Montaren » in Laurent-Sebastien Fournier (dir.), Écologie festive. Fêtes, fruits et légumes, PUAM (2022)
« Course libre » avec Pierre Pilatte et Sophie Borthwick, Ethnographiques.org n°42, Rencontres ethno-artistiques, Décembre 2021, consultable : https://www.ethnographiques.org/2021/Vaillant_Compagnie-1-Watt (2022)
« Le pois chiche de Montaren : un aliment totémique d'invention festive et subversive », rencontres ethnologiques du Musée de Salagon, Fêtes et végétaux : symbiose ou construction sociale ?, 5 novembre 2021.
Intervention en anthropologie aux Rencontres Professionnelles du Festival ARTO de Ramonville « Fêtes sauvages dans l'espace public : l'exemple des carnavals », le 10 septembre 2021
« Ouverture en d'ici dense », Journées de la Maison du Patrimoine oral de Bourgogne, La fabrique sociale orale. Pour une politique de l'oralité – Inauguration de l'Ethnopôle, 4-5 octobre 2019, Anost.
« Sciences sociales associatives et alternatives : l'exemple du TàD », colloque AFA/ARCE, S'associer, 14 et 15 juin 2019, Montpellier.
BIOGRAPHIE
Anaïs Vaillant est née en 1981 dans le pays niçois, entre mer et montagne, a grandi près de mouvements occitanistes, baigné dans la trad'innovation musicale locale, la fanfare Prova d'Orchestra et les carnavals indépendants de quartiers. Elle s'est aussi ancrée dans une culture mainstream du hip hop, de la pop, du rock alternatif et des musiques du monde. Après un baccalauréat technologique de « secrétaire », et un avenir tout tracé de soumission salariale, elle a finalement la chance d'être recueillie et élevée par le Collectif alternatif des Diables Bleus, mythique friche culturelle niçoise. Elle s'y initie à l'autogestion, à la batucada, aux premières amap, et à l'ethnographie. Grâce à l'absence de Parcours Sup, qui l'aurait probablement empêchée d'accéder à l'université publique au vu de son diplôme dévalué, elle tente l'aventure des études longues et inutiles sur le marché du travail : la faculté de sociologie et d'ethnologie. Elle y rencontre Pierre Bourdieu et Pierre Clastres, par les livres, puis Claude Gaignebet et Claude Alranq, en chair et en os. Après des années d'étude à Nice, Aix-en-Provence et Marseille, elle s'installe dans la garrigue languedocienne pour continuer ses pérégrinations intellectuelles et artistiques et rejoindre ses camarades des Gros Moyens, activistes en percussions de rue et carnavals autonomes. Après la création de Grail'Oli, sept ans de tournée comme musicienne et un album, puis quelques séjours au Brésil et en Finlande pour son doctorat (avec le laboratoire de l'Idemec à Aix-en-Provence, le Refeb de l'ambassade de France au Brésil, le Mucem...), elle soutient sa thèse "La batucada des gringos" : Appropriations européennes de pratiques musicales brésiliennes » (2013), sous la direction de Jean-Luc Bonniol. Après cette aventure de la musique de rue dans un groupe d'hommes, elle choisit de développer les arts de la scène - mais aussi sa sororité - dans le duo Au Poil, pour y composer et interpréter des chansons d'amour et de pets et dans le quintet féminin de coco nordestino Poplitê. Elle se produit régulièrement avec sa conférence gesticulée “Culture à toutes les sauces” depuis 2014 (réalisée avec la SCOP le Pavé et Franck Lepage) et anime un atelier d'éducation populaire intitulé « Invente ta fête traditionnelle ». Pendant ce temps, elle continue son travail de création et de recherche sur les notions de tradition et d’exotisme et développe son intérêt pour les fêtes, les carnavals, les danses et musiques traditionnelles. Elle gagne sa vie comme chercheuse contractuelle en Camargue, Cévennes et Languedoc pour diverses institutions (Museon Arlaten, Parc National des Cévennes, association Clair de Terre, fédération Totemic...). Bénévolement, elle s'attache à travailler la restitution alternative des données ethnographiques (fanzines, animations, cabinets de curiosités, anthropologie sonore et visuelle…) au sein du TàD (association Terrain à Déminer dont elle est fondatrice) depuis 2002 et du TàD-iD depuis 2016.
Elle devient « entre-autropologue » : artiste et intermittente du spectacle au grand dam du Pôle Emploi, en créant à partir de ses recherches, tout en continuant ses missions de chargée de cours à l'université, conférencière, formatrice, intervenante (pour le Théâtre des Origines, le Cabinet des Mythographes...), mais aussi de musicienne pour le théâtre (//Interstices pour la pièce de B. Brecht Sainte Jeanne des abattoirs). Elle co-présente la Radio du Festival Zinzan avec Samuel Grolleau entre 2012 et 2017 et Radio Garriga 3000 (Collectif des Garrigues) avec Gérald Rigaud entre 2017 et 2019. En 2018, elle répond à l'appel du Citron Jaune et participe à la création d'un "duologos" avec la Cie 1Watt à partir de ses recherches sur la tauromachie. En 2019, elle crée et anime la radio éphémère Radio Skyvall dans la vallée du Louron en réaction à l'installation d'un téléphérique non désiré par une partie de la population. En 2020, elle crée une nouvelle émission de radio sur l'ethnologie, Ethno-Vibro, entourée de ses camarades issues du TàD, et diffusée sur Radio Escapades (accessible en audioblog chez Arte radio). Elle continue ses recherches sur les carnavals sauvages, à partir du laboratoire expérimental du CACA (collectif anonyme du carnaval ambulant) et sur les traditions calendaires inventées (Santa Capelina à Nice, Sant Preker en Bretagne...). Elle réalise le podcast L'Autre Tradition, ce que les musiques traditionnelles doivent aux femmes pour la FAMDT et participe parallèlement à la création de 1Watt "Nous impliquer dans ce qui vient".
« Rencontrer l'anthropologie : récit d'une émancipation difficile », actes des troisièmes rencontres anthro-Pau-logiques des 16-17 mars 2017, Université de Pau et des Pays de l’Adour, Critique du discours dominant comme projet d’émancipation individuelle et collective (2021)
« De la spécificité temporelle des terrains carnavalesques », Actes du colloque en carnavalogie de Vitré (2021), en cours du publication.
"Expérimentations, éducation populaire politique et société du spectacle", colloque de l'ISIAT, IUT Bordeaux-Montaigne, janvier 2019 (20mn)
Cours de méthodologie ethnologique (Licence 2, 24h), Université de Nice Sophia Antipolis, 2018-2019
Cours d'anthropologie (Master Danse 1 et 2) : "Circulations des savoirs du corps dansés", "Créations et migrations" (24h), Université de Nice Sophia Antipolis, 2018-2019 et 2020-2021
"Et si Carnaval était une ZAD ?", journée d'étude Carnaval et subversion, LIRCES, Université de Nice Sophia Antipolis, février 2018.
"Autolégitimation ! Sciences sociales et éducation populaire", séminaire doctoral du LAMES Écrire les sciences sociales autrement, 13 octobre 2017, MMSH, Aix-en Provence
Cours d'ethnologie (Licence 1) : "Initiation à l'ethnologie : problématiques contemporaines" (21h), "Projet Professionnel Personnalisé : vive la légitimité !" (6h), Université Paul Valéry, Montpellier, 2017
"Je t'ai reconnu-e !" Masqués et démasqués dans les carnavals urbains du XXIe siècle, Colloque international Bals masqués de Guyane et d'ailleurs, Cayenne, janvier 2017 (20mn)
"Petit traité de carnavals urbains autogérés", atelier carnaval du COCU, Toulouse, 19 novembre 2015 (1h30)
"Mèfi li bioùs !" Traditions taurines et protection animale en Provence et sur les réseaux sociaux", Eurethno, Cluj-Napoca (Roumanie), 12 septembre 2015 (20 mn).
"Rétrospective d'un mouvement culturel "pantai" à Nice", Université d'été occitane, 14 juillet 2015, Laguépie (1h).
"Les ethnologues et les musiciens traditionnels face au Patrimoine Culturel Immatériel", Colloque national de l'AMTA, Musiques traditionnels et cultures de l'oralité. Quels enjeux pour demain ?, 20 juin 2015, Clermont-Ferrand (15mn)
Cours d'ethnologie (Master 1) : "Tradition et Histoire" (18h), "Approches comparées de la notion de culture" (18h), Université de Nice Sophia Antipolis, 2014-2015.
« Anaïs VAILLANT : La batucada des gringos : appropriations européennes de pratiques musicales brésiliennes », Cahiers d’ethnomusicologie, 27 | 2014, 345.
"La batucada des gringos. Appropriations européennes de pratiques musicales brésiliennes", Thèse de doctorat en Anthropologie, 2013, 444 p.
"" Pantai, alegria e companhia : viva la Santa Capelina ! ". Invention d'une tradition et production d'une légitimité à faire la fête à Nice (France)", Colloque Les traditions en Europe : modification, invention et instrumentalisation des traditions, Eurethno, Sirogojno (Serbie), 2013 (20 mn).
" Les enjeux de légitimité entre traditions et patrimoine", Rencontres du collectif Patrimoines et Création, Pézenas, 2013 (30 mn).
"" Pantai, alegria e companhia : viva la Santa Capelina ! ". Invention d'une tradition et production d'une légitimité à faire la fête à Nice (France)", Colloque Les traditions en Europe : modification, invention et instrumentalisation des traditions, Eurethno, Sirogojno (Serbie), 2013 (20 mn).
"Quand le musée fait la tradition, s'en défait et cherche à la repenser. Parcours d'un musée des arts et traditions populaires en Provence au cours du XXème siècle", Colloque À qui appartient la tradition ?, Eurethno, Cluj-Napoca (Roumanie), 2012 (20 mn).
« Pour une approche complémentariste du patrimoine musical : la batucada entre le Brésil et la France", Colloque international Patrimoines musicaux : circulations et contacts, Montréal, octobre 2009.
"Les territoires de la batucada : circulations et appropriations d’une pratique musicale brésilienne", MSHA, Pessac, 2009, pp.179-196
"Batucadas et samba dans les carnavals urbains. Un Brésil au patrimoine culturel européen ?", Séminaire Idemec/Mucem, Patrimonialiser la culture immatérielle. Les sonorités urbaines, Marseille, 2009 (45 mn)
"De la circulation des musiques brésiliennes : un dialogue franco-brésilien entre exotisme et essentialisme", co-écrit avec Magali Nayrac, Marseille, 2008 (23 p)
"Suomen Papagaio : a samba school in Helsinki", Workshop Globalisation as diffusion ?, Ljubljana, 2008 (25 mn)
"Ethnographie d'une pratique musicale en mouvement. L'exemple d'une batucada à Nice", Marseille, 2005 (143 p)
"Le collectif des Diables Bleus à Nice. Alternatives et Résistances", Nice, 2003 (119 p)