"Culture à toutes les sauces" Prochaines dates

MARTIGUES (13), le Rallumeur d'étoiles, 22 juin

CANNET DES MAURES (83), Ecce Terra, 22 juillet

ST LÉGER LES MÉLÈZES (05), La Juncha, 25 août

TOULOUSE, Chez Ta Mère, 17 septembre


CACA ? Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant ?

Croûte Abrasive de Contestations Ancrées
Cris Anarchiques de Créatures Animales
Chienlit Arrosée de co-gnaque et d'Art maniaque
Cocktail Arrangé aux Cœurs d'Autonomistes...

C'est Alors que les Casseurs s'Aimèrent, mais
Comment Aimer quand Croupissent les Âmes ? Quand les
Citernes Amères de Colères Anciennes font des
Cerveaux Amputés et des Colons Asphyxiés ?

Chaque Arbre Créerait un Abri
Chaque Alouette Chanterait nos Amitiés
Courons Ardemment Cueillir nos Ailes
Cournonterral Accueille le Caca


Carnaval Avale et Chie un Abécedaire Caricatural et Arbitraire : l'
Ardeur
Brûle dans notre Bande pour un
Charivari de
Désir et d'
Émancipation. Les
Femmes
Grouillantes représentantes de l'
Humain Hétérotopique balancent leur
Imaginaire de l'Immanence. Notre
Jardin, c'est le
Karnaval des gueux ! Notre
Livre libre c'est le
Mani-festa, et mèfi, avec du
Neuf, de l'
Obscène, des Ours qui
Pètent sans Peur, avec ou sans Peuple. Sans
Qui ? Quoi ? Quand ? … Vive le
Rite !!! C'est parti pour l'entrée dans la Raie publique
Sauce Satire, accompagnée de ses Suppôts ! Les
Tire-bouchons font Tintamarre jusqu'au Taslu pour une
Utopie qui
Vrille, c'est pas que du Vent, compris ?

W X Y et... Zou mai !!!!!!!!!!!!!!!

CULTURE À TOUTES LES SAUCES !

Une conférence gesticulée d'Anaïs Vaillant

Une ethnologue gesticule pour tenter d'élucider la notion de culture, au sens anthropologique, à travers son héritage familial, son parcours de thésarde, ses terrains d'enquête, ses contrats professionnels... L'ethnologue, dont l'analyse de la culture est sensée être sa spécialité scientifique, partage son sentiment ambivalent vis-à-vis d'une notion bien trop floue et d'une discipline qu'elle considère à la fois comme un produit de nombreuses dominations et comme un outil efficace contre ces dernières. Elle questionne enfin les regards contemporains portés sur les cultures populaires et traditionnelles""


Une conférence gesticulée est un partage d'expérience mis en scène étayé par des savoirs froids (théoriques) et des savoirs chauds (biographiques), de la part d'un citoyen engagé dans cette aventure de l'écriture, de la conscientisation politique et de la mise en scène. Par une transmission plus "racontée" qu'expliquée, la conférence gesticulée est un objet radical, hybride et illégitime. C'est une invitation à la réflexion politique et à l'action collective, à partir d'expériences vécues."

Anaïs Vaillant a monté sa conférence gesticulée à l'issue d'une formation en 2013 au sein de la Scop Le Pavé, auprès de Francine Mahé et Franck Lepage. Elle a bénéficié des regards extérieurs d'Emilien Urbach en 2014 (metteur en scène) et de Léa Ostermann (comédienne, clown) et Emilie Dreyer-Dufer (metteur en scène, comédienne, chanteuse) en 2015. 




MuCEM : à l'endroit de l'envers - Chronique du Pr Proutskaïa*


Printemps 2013, arrive dans ma boîte aux lettres un contrat de cession de droits d'auteurs de la part du MuCEM après cinq ans de silence. Éternel étudiant, j'avais eu l'infini honneur d'être remboursé par l'institution muséale d'un billet low coast vers un terrain d'étude carnavalesque. Six semaines de recherche, des dons d'objets, des films, des photographies... ce courrier raviva mon sentiment de l'exploité toujours reconnaissant du plus petit intérêt que l'institution peut porter sur son travail. Après moultes désillusions et colères au sujet du MuCEM, largement distordu entre sa conception et sa concrétisation, je me voyais tout de même impatient de découvrir l'exposition sur les carnavals en Europe et en Méditerranée.

Je débarque alors à Marseille après une saison carnavalesque intense : campagne électorale derrière José Beauvié, concours de doigts au cul appelés « olives », initiation au cri de la moule et à l'accouchement aérophagique, macération de chatons morts à la lie de vin, dégustation de tomme sauvage autour d'un feu... Qu'est-ce que l'exposition allait bien pouvoir montrer d'un fait social qui n'est qu'expérience ? Les confrères carnavaliers de la Plaine marseillaise m'avaient charrié avant l'inauguration insinuant que je collaborais à la célébration mortifère des fossoyeurs du carnaval. J'arrivai devant le musée, certains y manifestaient pendant que d'autres, « inculpés de carnaval », leur insufflaient la contestation. Alors carnaval aurait désormais droit de cité au musée mais pas dans la rue ? Je me faisais donc la réflexion qu'une exposition sur carnaval n'empêcherait rien dans la rue, bien au contraire, mais que le nœud de l'affaire était la légitimité d'une telle fête dans les villes européennes d'aujourd'hui.

Si on ne pouvait pas accuser le MuCEM d'enterrer carnaval (ce serait lui donner trop de pouvoir), on pouvait en revanche lui reprocher de s'être désolidarisé des acteurs locaux et contemporains du carnaval de la Plaine. Une fois de plus, les institutions publiques et en particulier les ethnologues payés pour réaliser cette exposition ont délibérément joué aux autruches grâce à des plateaux d'huîtres. Venons-en à la dite exposition : beaux costumes, beaux masques, belles vidéos, beaux chars... un vrai petit Quai Branly qui relègue l'ethnologie à un spectacle de la diversité culturelle et à un instrument de sauvegarde des « biens » culturels. Les commissaires de l'exposition ont évidemment plaisir à muséographier les expressions carnavalesques subversives mais parce qu'elles ne le sont pas vraiment1, parce qu'elles sont maintenues à distance par des exemples choisis en Guyane ou dans d'autres pays européens2, ou enfin parce qu'on s'attache bien à ne jamais nommer ce que dénonce le carnaval en question (le capitalisme la plupart du temps).


Si l'on ne voit rien au sujet des carnavals urbains non institutionnels (Nice, Arles, St Affrique, Montpellier...), peut-être est-ce mieux ainsi, au vu du propos général de l'exposition « le Monde à l'envers ». Au lieu de trouver une réflexion globale sur les traditions populaires, leur légitimité ou non, la répression du carnaval à travers l'histoire et son infantilisation, on suit un faux charivari esthétisant montrant à la fois la variété des carnavals « euro-méditerranéens » et leur socle commun d'un « carnaval sans frontières »3. Le musée évacue ainsi du carnaval toute sa dimension conflictuelle : la réappropriation de l'espace public, la fête non marchande, l'autolégitimation de la tradition, l'autodétermination culturelle, l'émergence d'une conscience collective de nos possibles et des limites imposées. En effet, quand tombent les masques et les coups, nombreux sont ceux qui s'étonnent de voir leur carnaval réprimé ou de voir la police prendre son pied à mater la viande saoûle. Carnaval est une tradition populaire et comme toute culture populaire, il devient aussi un champ de lutte idéologique. Au-delà de la bataille entre l'ordre et la liberté qui se joue parfois en rang serré, ce sont bel et bien les inégalités de la légitimité culturelle qui est ici en question. Par et pour qui, avec quoi et comment, la fête est plus ou moins légitime aux yeux des pouvoirs publics ? Les énergumènes qui s'amusaient à déambuler en costume vénitien dans les couloirs de l'exposition n'avaient pas l'air de vouloir y répondre... Je fantasmais entre deux huitres sur une attaque de pailhasses qui les tremperaient dans une baignoire de « merde ».

Le MuCEM, institution aussi polémique que conformiste, encourage ici l'idée que la patrimonialisation serait l'unique avenir légitime des traditions populaires, une idée propagée entre autres par l'UNESCO, au moyen de son enflure d'inventaire du « Patrimoine Culturel Immatériel » et de ses mesures de sauvegardes4. Le nouveau musée conforte également l'idée que l'ethnologie n'aurait que le choix du repli patrimonial, laissant derrière elle sa vocation d'émancipation sociale et politique défendue par de nombreux chercheurs et penseurs de la discipline, notamment par la mise en lumière des dominations, l'analyse des rapports de force et des frontières entre cultures légitimes et cultures illégitimes et par une réflexivité de notre rapport à l'altérité. Je ne suis pas sûre qu'une Germaine Tillion ou un Pierre Bourdieu se seraient auto-congratulés un cocktail à la main devant le MuCEM en admirant le bâtiment de béton, sans s'intéresser aux manifestants de l'esplanade et sans questionner la vocation contemporaine d'un musée de société.


Carnaval a la possibilité de s'autolégitimer en faisant usage de la « tradition », une notion à laquelle certains anars carnavaliers sont réfractaires parce qu'assimilée au cours du 20e siècle aux idéologies conservatrices et réactionnaires. Pourtant, et on me l'avait fait comprendre à Nice dans les années 19905, la tradition a cette force autolégitimante : « Mais enfin monsieur l'agent, nous sommes là à telle heure parce que c'est tel jour et que chaque année nous sommes là de cette façon ! L'aviez-vous oublié ? ». Si la tradition peut faire référence au passé, elle constitue aussi parfois une critique de l'idéologie libérale du progrès et du développement qui entretient et renforce les illégitimités culturelles. Plus que de tradition, il s'agit en fait d'un usage de la tradition comme d'une arme d'autolégitimation. Le MuCEM tente de mettre carnaval dans ses murs, en vain, peut-être parce qu'il a besoin de carnaval, mais carnaval n'a sûrement pas besoin d'un musée pour être légitime. Sa place reste dans la rue, à nous de façonner notre légitimité à le célébrer ainsi. En fin d'exposition, je redécouvrais les costumes dont des indigènes m'avaient fait don : au départ sans grande valeur esthétique et finalement décontextualisés, ces objets avaient été dépouillés de tout leur sens et réduits à des faire-valoir de l'exotisme mal assumé du musée. Face au flammes numériques projetées sur le mur de la sortie, j'eus soudainement envie de lâcher une caisse salissante et salvatrice. Feu le professeur Gaignebet6 en aurait sûrement fait de même.

Pr Proutskaïa, ethnographe pétomane

* Chronique publiée partiellement dans CQFD n°121 (avril 2014)



1Comme les chars niçois dont l'inoffensive satire surfe sur les poncifs médiatiques.
2Au passage, l'excellente critique de l'ethnobotaniste Josiana Ubaud concernant l'absence ou l'insuffisante présence de l'occitan et des cultures d'Occitanie dans l'exposition permanente du MuCEM se vérifie également dans cette exposition temporaire. Un comble quand le sujet est carnaval. Seuls les précieux pouvant s'offrir le catalogue à 40 euros pourront découvrir des textes et photographies des fecos de Limoux, du Poulain de Pezenas, des Pailhasses de Cournonterral et du carnaval de la Plaine.
3Nom d'une association présidée par Annie Sidro, niçoise spécialiste de carnaval, consultante-experte pour l'UNESCO et ayant accessoirement appelé à voter pour Christian Estrosi aux dernières municipales de sa ville.
4Sauver le patrimoine culturel immatériel de quoi ? La charte de l'Unesco reste très prudente quant à l'énumération des causes d'ethnocides contemporains laissant planer l'idée d'une inéluctable uniformisation culturelle et que seule la patrimonialisation pourrait sauver les « biens » culturels (avec tout ce que cela impose en terme de définition, de fixation et d'aseptisation culturelles).
5Au cœur du carnaval indépendant du quartier Saint Roch et d'un processus d'invention de tradition avec le collectif Zou Mai et la Santa Capelina, devenue fête traditionnelle niçoise du 1er mai.
6Claude Gaignebet, folkloriste français (1938-2012) spécialiste de Rabelais, du carnaval et du pet.   

Rétrospective appels du CACA 2010, 2012 et 2013

EN ATTENDANT L'APPEL DU CACA 2014, PETITE RÉTROSPECTIVE DES APPELS PRÉCÉDENTS... HMMMM... ON SE RÉGALE.



Le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant présente :


A l'origine du monde 
est Carnaval




La fin du monde est pour bientôt... et après ? Et bien, quelle chance d'avoir à ré-initier le monde ! Et comme il faut bien commencer quelque part, ce sera d'abord là où vous pensez, mais aussi derrière, dessous, dedans, et au fond.
Au début du monde nouveau, Carnaval est homosexuel et se rit bien du mariage !

Musique !


D'abord on se débouche le cul, allez allez, tel l'Ours sortant de sa grotte, parce qu'il fallait bien que ce Rien finisse en hiver, 
mais que le Tout recommence pour le printemps. Fini l'hibernation, sortez de vos boum-coeurs, le soleil revient en pleine catacryse
grâce à nos appeaux calypsos. À vos trompes !


Ensuite, les Soufflaculs remettront un peu tout ça en place, un bon souffle dans le bon sens et par le bon orifice, et en chaîne s'il
vous plaît messieurs, euh pardon mesdames, ... À vos tambours !
Aussi, les Chivau-frus, procréations Blaisement assistées, trimbaleront leurs gros viés ultra productifs avec le dessein, et c'est du boulot, de féconder toutes les gorges des Agathes
menstruées.
À vos poumons !


Il n'y aura d'hommes qu'enceints et de femmes que membrées, Carnaval se fout du genre (tant qu'il y a du poil). Il s'engendre 
par tous les trous et par le saint sacrement du Divin Pet.
À votre anus !
Venant à bout d'hectolitres de vin et de tonnes de pois-chiches, des nonnes barbues accoucheront de Carnaval dans l'hilarité. De nobles rabas sortiront de terre pour orner les païennes Pailhasses et chier à la gueule d'Identitaires trop blancs.
                   À vos masques !
Le changement est une permanence. Carnaval se fout du hic et du nunc, c'est partout et tout le temps, avant, pendant et après le Monde. En avant le bal des Débuteurs, pour une Biguine Bang !
Allez au boulot ! À l'origine du monde !



Le C.A.C.A.



APPEL DU CACA 2012 

 "Carnaval n'est jamais repu... 

et le CACA colle aux fesses, 

 Et tandis que Gaignebet 

s'envole à la Sainte Agathe 

brandissons nos Obscénités 

avant que le ciel nous tombe sur la tête 

 Lâchons nos pets 

pas de demi-loufes 

 un tonnerre apocalyptique 

pour se mettre la merde aux culs 

 du foutre en veux tu en voilà 

de la bite, du con, des poils 

 même la fin du monde 

oui 

mais pas sous la ceinture 

 à bon enculeur biture "


 le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant 
s'empegue à Viols lo dimenche à 15h 
se met des doigts à Pezenas 
lo dilun astique la matraque à Montpellier 
lo dimars se fait une double annale à cournonterral 
lo dimecre mets ta plus sale culotte 


 Armageddon aux chiottes !



L'appel du C.A.C.A. 2010


Carnaval n'est pas mort. Il en redemande. D’aucuns ont bien essayé de lui éclater les dents sur un trottoir (dans la rue Bonaparte à Nice), de le gazer (à Ste Anne à Montpellier), de l’éteindre (place Paul Doumer à Arles), de le corso-fleuriser (sur le Prado à Marseille), de l’infantiliser (dans toutes les école de la République), de le sortir de la rue pour le mettre à la télé (nous y avons vu les carnavals du monde entier)… Mais il est encore là, s'engraisse comme un porc béarnais qui se joue de la grippe. Faisons le couiner une fois de plus, pour se rappeler que nos cultures rugueuses s’accrochent encore, même là où le lisse est de rigueur.


Le présent est tout ce qu’il nous reste : la réinvention de folklore est notre salvation, notre résistance : la tradition permet tout, elle est notre garantie, notre force inscrite dans l’histoire, et notre légitimité venue des anciens. Le présent est tout ce qu'il nous reste, et les allers-venues dans le temps relient, tels des passe-carrières, le souffle de vie et le souffle de mort… A rebours nous remontons vers le sens premier. Vous serez avec nous les mangeurs, les souffleurs, les péteurs.

Du samedi gras au mercredi des cendres, nous inventerons ensemble de quoi donner sens à la fête, au chant, à la danse, et à l’envers du monde tout aussi réel que son endroit. Rien n’est dessiné, composé ou quadrillé. Vous devez venir colorer, improviser et éclater dans cet espace-temps mythologique du carnaval.


Pousser la chansonnette ne sera qu’un départ : il nous faudra réapprendre à chanter ensemble ce qui fait sens dans ce bordel ambulant. Le répertoire se nourrit dès aujourd’hui de vos idées, fantasmes, délires, odes, gueulantes, poésies, insanités, et pamphlets. Tout le monde aura de quoi accompagner l’affaire de bruitages louches, de rythmiques charivaresques ou d’harmonies grinçantes.


Joutes chantées, baletis, et pagodes alternatifs, dans une tournée grasse pour des jours gras dans des lieux à choisir ensemble. Nous vous invitons à partir de Viols le Fort, village héraultais a la croisée des plaines arides et des causses humides pour mener la barque jusqu’au traditionnel Mardi Gras du centre ville de Montpellier. A nous de déjouer l’arrivée du Mercredi des Cendres


Dés l'Epiphanie, nous nous transmettrons toutes ces dépenses musicales pour les chanter. Des versions numérisées circuleront au sein du Collectif, étendu sur un vaste territoire et sans identité figée. Toutes les langues, tous les instruments, tous les accessoires, tous les caractères, tous les personnages, toutes les chapelles sont de la partie.


Le procès du Caramentran tiendra siège sur la place publique grâce à vos chefs d’accusation ou à vos plaidoiries de défense, vous choisirez votre camp le moment venu. D’ailleurs chacun d’entre nous sera susceptible de se transformer peu à peu en un Autre, jusqu’à s’exalter dans la carapace d’un personnage inavoué. Le moment venu, vous comprendrez.


Rassurez-vous… De tout ce vacarme, les flammes viendront à bout.


ATTENTION : Le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant ne garantit aucune protection civile ni kit de dialogue avec les CRS, aucun système de sécurité ou d’alarme, aucun blindage de vitrines, aucune combinaison ignifugée ni extincteur, aucun régime alimentaire, aucune limite de consommation, de gaspillage, de gâchis. Aucune taxe n’est prélevée sur la Part Maudite de l’existence humaine que nous célébrons ici. Le C.A.C.A. refuse à s’engager sur les conditions climatiques ainsi que sur les conditions matérielles de notre sédentarité et de notre nomadisme (chapiteau, caravanes, autocar, trottinette, caddys, pétards, moteurs à explosion, matelas, couverture chauffante, bonnets, bouillotte, etc…)

Nation cyclope




En haut du corps, une tête. Au centre de la tête, un globe luisant. Au centre du globe, un concentration d'images. Tout défiler très vite. Pas le temps d'arrêter pour regarder vraiment. Juste voir. Deux dimensions suffisent. Abscisse et ordonnée. Monoculture mesurée, évaluée, emballée-imposée. Oeillère conique pour voir au loin. Mais pas ses pieds. L'important est en haut. Surtout ne pas se relier au bas. Ventre, sexe, pieds. Odeurs, matières, déchets. Amour au cœur et maternité au sein. En haut. Oeillère qui aspire le corps jusqu'à la taille. Abscisse et ordonnée. Disproportions. Deux dimensions. Disparition de la profondeur. Surface. Disparition du relief. Platitude. Oeillère télescopique pour voir mieux mais toujours loin. Éloge de la distance. Universalisme.

Illustration de Sarah Fist'hOle.
Article publié dans le TàDmag n°9 (janvier 2013)

La vieille Europe et le Sauvage chez le Tout-Monde


Le Tout-Monde :
- Nous sommes réunis pour réfléchir ensemble aux allées venues historiques, intellectuelles et artistiques de la prévenue ici présente. Madame Europe, -pardon- Mademoiselle, vous convoquez notre assemblée pour : avoir parcouru le monde sans relâche à la recherche de richesses matérielles, par tous les moyens de locomotion inimaginables, en utilisant tous les combustibles possibles produits par la nature et les hommes ; avoir cru appartenir au centre et partir de ce centre pour faire du reste du monde une vaste périphérie imaginaire et exotique ; avoir exigé des habitants de ces dites périphéries qu’ils adoptent une seule et unique vérité culturelle, spirituelle, et idéologique, la vôtre ; avoir établi une hiérarchie entre les cultures elles-mêmes en vous plaçant en haut de cette échelle évolutionniste et civilisationnelle ; avoir pillé jusqu’à la dernière goutte d’eau, de sueur et de sang ces étranges peuples aux coutumes dissemblables ; avoir tenté d’uniformiser des mondes multiples à partir de votre centre et du haut de votre échelle.


L’Europe :
- Je reconnais tout. Et j’ai décidé de comparaître dans cette assemblée ce soir car il est urgent de vous informer d’une situation très grave… Enfin… J’ai besoin de vous. Vous êtes ma dernière chance, mon seul espoir, l’ultime recours à mon drame : JE ME MEURS. Je croyais avoir tout le nécessaire, même le confort parfois poussé jusqu’au luxe, pour mener mon quotidien, les extras, les plaisirs de la vie. Tout ce qu’il faut pour vivre. J’ai voulu tout connaître, explorer, transmettre, diffuser mes savoirs et mes croyances. J’ai cru en un pouvoir infini par les sciences, les lettres, le beau et le vrai. Oui, j’ai exploité, intimider, fait pleurer, saigner. Je ne pensais pas à mal votre Honneur. J’ai pensé offrir une âme au… au Sauvage. Ce Sauvage que je trouvais déjà beau. Terrifiant… Mais tellement beau. Aujourd’hui je me meurs, parce que je ne crois plus. Je ne crois plus en rien. Mon centre est devenu un gouffre de sens. Cela fait longtemps que je le sens, que je le sais… il n’y a plus de sens. Un déficit, un manque, un complexe. Cette carence que j’essaie pourtant de combler depuis tant d’années n’en finit pas de se creuser. J’ai continué à chercher, à explorer… car il y a -et je ne vous l’apprends pas- encore d’infinis territoires, réserves de richesses insoupçonnées. Voilà ce que je recherche à présent, la seule richesse qu’il me manque, le dernier vide à combler, celui de la culture, celui du sens à défaut de la foi. Je veux être un Sauvage pour communiquer avec la nature. Je veux être un Sauvage pour transmettre mon interprétation de la vie et du monde à mes enfants. Je veux être un Indien, un Autochtone, un Aborigène. Je veux pouvoir retrouver l’inspiration, me ressourcer, voyager, aller vers ceux qui ont une culture.


Le Sauvage :
- Ta requête est entendue. Pour cela, tu dois être exote en ton propre pays. Tu as voyagé, tu as goûté à des saveurs qui dépassaient ton instinct, tu as dansé sur des rythmes profonds, jouer de la musique d’esclaves sans jamais avoir connu le travail forcé, tu as peint la nudité sans jamais avoir marché pieds nus. Fuir ton pays fut une première phase, tu dois maintenant te libérer de lui. Plutôt que d’envier l’Autre pour la connaissance qu’il a de sa propre culture, trouve le chemin de la tienne. Peut-être te faudra-t-il le prendre à rebours, reconstruire des ponts de la mémoire collective, fouiller dans les merdes familiales… Fini l’exotisme. Tu ne peux plus te permettre de chercher des familles d’adoption pour fuir ce qui t’insupporte chez les tiens. Tu ne dois plus justifier tes pillages par le besoin d’inspiration. L’idiot du voyage use le monde et détruit l’objet de sa quête au fur et à mesure qu’il avance vers lui et piétine les terres jusque-là inexplorées. Ta quête d’authenticité restera éternelle si tu ne remontes pas à ta source. Ton désir de te faire Sauvage est un désir de liberté. Mais la liberté n’est pas un état. Elle est un chemin. Si tu as cru que j’étais libre, c’est parce que je me suis toujours senti prisonnier. C’est mon mouvement perpétuel vers une libération que tu perçois. Tu n’as plus cette démarche parce qu’on t’a fait croire que tu étais libre de tout : libre de détruire le sens, d’acheter toutes les valeurs fondatrices de l’humanité, de les vendre, de casser les modèles sans jamais en reconstruire aucun, libre d’obéir à un système qui te met au centre. Cherche ta liberté dans le chemin. Ton cheminement sera plus fécond que ta réussite.

Le Professeur Proutskaïa vous parle

Pourquoi les Pygmées ?
ou "un maudit Français au Québec"

(Tad n°6)


Très chers lecteurs, vous qui êtes si fidèles à mes préceptes philosophiques, il me faut aujourd’hui me confier à vous et vous interpeler sur de sombres agissements au sein de la corporation ethno-musicologique. Je fus confronté, dans le cadre d’un colloque international (car j’ai la chance de me déplacer à moindre frais en classe affaire pour 20 minutes de présentation puis 6 jours de balades touristiques ou de débats stériles – au choix), à une situation très embarrassante, et à laquelle je n’ai toujours pas les moyens de répondre de manière concrète. Une chercheuse venant d’acquérir une chaire de musicologie à l’Université de Montréal (pour ne pas la nommer), jeune collaboratrice d’un grand ethnomusicologue sur le déclin spécialiste des Pygmées (pour ne pas le nommer), nous a présenté ces dernières expériences sur l’émotion musicale grâce à une collaboration avec les neuropsychologues de la musique. En effet, les départements de musique et de neuropsychologie sont voisins sur le campus, d’où de fructueuses coopérations pour le seul intérêt scientifique vous vous en doutez bien. Cette charmante femme s’est donc rendue auprès de « Pygmées » avec un protocole d’enquête bien peu probable, et pourtant : il s’agissait (partant du postulat que ces « petits noirs » n’auraient jamais été en contact avec la culture occidentale) de leur faire entendre des morceaux de musique occidentale (partant du postulat que la culture occidentale, si tant est unique, se limiterait à des sonates pour piano) et qu’ils désignent un des trois visages photographiés présentés devant eux d’une femme occidentale (donc blonde et blanche). L’auditeur avait donc le choix entre un visage triste, un visage joyeux, et un visage apeuré (partant du postulat que les émotions sont universelles ainsi que la façon de les exprimer). Un choix haut en couleur qui reflète bien le panel émotionnel des Occidentaux (partant du postulat qu’ils existent) dont certains Indiens se moqueraient bien faisant référence à la théorie du rasa.


Que montre l’expérience ? Premièrement, la chercheuse n’avait rien à faire dans un colloque d’ethnomusicologie, car cette discipline n’est pas la musicologie des « ethnies » mais bel et bien un travail anthropologique sur des thèmes musicaux. Or sa posture sur le terrain était bien loin d’une attitude ethnographique, empathique, immersive etc… Elle arrive avec un dispositif pseudo-scientifique et technique qui lui donne les mêmes attributs que ses prédécesseurs du siècle dernier dans les colonies mondiales. Deuxièmement, telle Diane Fossey avec ses gorilles, elle présente un protocole d’enquête qui ne prend pas en compte la parole des informateurs, voire la nie totalement en leur présentant des images à désigner du doigt. Ou simplement que personne de l’équipe scientifique n’était armé pour dialoguer dans la langue de cette nation pygmée. Car en effet, les Pygmées n’existent pas. Cette désignation provient d’un terme de grec ancien, et voici de nombreux siècles que les différentes « nations » se distinguent entre elles, malgré les récentes études sur leur ADN et leur origine génétique commune (un autre programme de recherche hautement financé était également présenté par une équipe française lors de ce colloque, il alliait entre autres ethnomusicologie et génétique). Ma question reste somme toute très pragmatique : pourquoi les Pygmées ? Parce qu’ils ont du temps à consacrer à la recherche franco-québécoise ? Parce qu’ils ne sont pas choqués qu’on leur recherche une fois de plus une origine génétique commune (ce qui ne serait-pas le cas d’autres groupes ayant déjà subi des sévices exterminateurs) ? Parce qu’ils sont en train de disparaître de leur milieu de vie rural pour galérer en ville, sans papiers, adoptant l’idée douloureuse qu’il est temps de se plier au « développement » ? Je vous concerte car les bras m’en tombent, et que moi-même ne suis pas digne de relever un débat scientifique de cette hauteur pygmoïde.

Soyons irrécupérables !



Il ne s’agit nullement d’une injonction anti-écolo ou contre-glanage, mais bel et bien d’un appel à la résistance dans nos productions artistiques et intellectuelles. De quelles manières produire une connaissance valable qui ne soit pas récupérable par des idéologies contraires et ennemies ? Prenons l’exemple d’un texte à la fois scientifique et littéraire comme pourrait l’être celui d’un ethnographe. L’ethno-graphe, celui qui « écrit » un « peuple » a encore aujourd’hui deux possibilités. La première, écrire dans les rails de l’académisme, se garantissant une carrière universitaire, et adhérer au ton « neutre », celui de l’objectivité. La seconde, écrire à partir de lui, se préparant aux accusations de postmodernisme par ses collègues, et utiliser le jeu de la subjectivité, le « je » qui a vécu et témoigne de sa place. Finalement laquelle de ces deux écritures est selon vous la plus irrécupérable ? Quitte à ne pas être une science exacte, autant choisir le mode subjectif à ne pas confondre avec le mode autobiographique et narcissique. Il s’agit par un travail réflexif, parfois même de socio-analyse, d’inclure dans son écriture une description du point d’observation et une démythification du regard. Le lecteur est ainsi informé de l’origine du texte. L’ethnographe se livre au lecteur comme l’aborigène de ce texte. Nous déconstruisons la définition littérale de « ethnographie » comme « écriture d’un peuple » pour proposer « informer de l’origine du texte ». La plus vulnérable des écritures, la plus récupérables, serait celle qui reste dans l’entre-deux, qui se voudrait neutre tout en étant nourrie d’éléments inconsciemment normés par la culture de l’auteur et présentés comme objectifs. L’objectivité parait presque à ce niveau-là et dans les sciences dites « humaines » être une contrainte imposée par le haut pour inciter à la production d’un texte creux mais imposant dans sa forme. Tel un monument historique sculpté dans la pierre la plus indestructible mais qui serait au fil de l’histoire au centre de commémorations contradictoires. Soyons irrécupérables ! N’acceptons pas ce cadre, au départ adapté aux sciences dures, dans nos réflexions humaines sur le multiple et la complexité du réel. Et à nous également de sortir du texte. L’acte est d’autant plus irrécupérable qu’il est libre de contraintes académiques et d’autocensure bien pensante. Nos corps et nos voix, dans l’instant, ne peuvent être récupérés si nous restons radicaux. Si nous parlons de là où nous sommes, sans chercher de légitimité, sans asseoir un pouvoir, si nous disons juste qui nous sommes et ce que nous voyons. Si nous n’abandonnons jamais notre esprit critique et notre conscience du global dans l’instant et dans l’histoire. Là aurons-nous peut-être réussi à être irrécupérables, si nous ne le sommes pas déjà depuis longtemps. Notre « irrécupérabilité » est à la fois cause et conséquence de notre liberté, et notre recherche collective. (Les Aborigènes, Editorial du Tad n°6, 2010)

Prière à Sainte Précaire




« Délivrez-nous Sainte Précaire,
maintenant que nous sommes vivants,
des turpitudes intellectuelles
qui nous rendent lucides sur la cruauté du monde.
Permettez-nous de ne plus analyser le monde social,
D’accepter les hiérarchies, de nous soumettre aux puissants,
De façon à nourrir nos proches, nos enfants,
Sans se compromettre aux yeux de notre Seigneur.
Donnez-nous aujourd’hui les certitudes d’un monde figé,
Pour que nous puissions dresser nos frères
et répondre à la demande du marché.
Nous oublierons les enseignements passés, les connaissances usées,
Pour nous plier aux normes et aux règles de l’évolution »




(icône par Julien Cordier)


Appropriation du Soi...


...multiplicité du dedans.
Appropriation du monde, diversité du dehors

Tout Monde

La multiplicité du dedans est ma façon d'être au monde. Monde complexe du vivant. Comment accepter une simplification de soi-même quand on tend vers la connaissance ?

St Blaise, patron des gorges déployées

Photo d'ALGo


Faisons Gras et Cendres
Le Carnaval n'est pas un festival
Ce n'est pas parce que nous sommes un peu niçois
que nous nous approprions le Carnaval,
Mais bel et bien parce qu'il est scandaleux et impertinent.
Carnaval se moque de l'inter-culturalité,
Carnaval préfèrerait à la limite être trans-culturel,
d'ailleurs Carnaval se moque de la Culture tout court
surtout quand elle porte la majuscule des dominants.
Carnaval est païen, gourmand et insolent.
Mais Carnaval est aussi un roi. Le roi des vents.
Si nous nous approprions le Carnaval,
c'est que la contestation doit se réinventer.
Carnaval accueille les insoumis dans ses rues
et nous force à inventer de nouvelles armes.
Mais pas que du vent.
Aussi du gaz, de l'explosif et de l'hilarant.
Quand le Pouvoir s'approprie Carnaval,
il maintient l'ordre social en feignant de le renverser.
Nous ne sommes pas dupes.
Les masques du Pouvoir, nous les arrachons aussi
grâce à nos bâtons de connaissance.
Nos savoirs déconsidérés sont les mieux à mêmes de démasquer les puants aux dents blanches,
les salauds aux mains propres,
les nazillons démocrates
ou les spéculateurs concentrationnaires.
Nous ferons gras et cendres
en soutien aux peuples qui s'élèvent
dans les inavouées"colonies" françaises.
Nous ferons gras et cendres
jusque dans le Carême politique et économique que l'on nous impose.
Ne laissons pas Carnaval otage de l'industrie,
otage des médias, otage du divertissement.
Libérons Carnaval des dominants et de leurs cages dorées.
Que vive Carnaval !

Carnavals urbains.


Carnaval de la Plaine 2006. Procès du caramentran (cette année-là Gabi le Gabian) : procès des dirigeants locaux et nationaux, des entreprises privées qui se gavent d'argent public, et de tous les acteurs de la gentrification marseillaise et mondiale.

Le cri du Frioul "C'est où qu'on est encore libre ?"

(...) Tu es sage, laisse émerger ta folie.

Tu possèdes la vision profonde, sois aveugle,

Tu entends, sois sourde.

Qu'ils t'imaginent comme un bloc d'insensibilité

et entendent ce qu'ils désirent. (...)

(...) L'esprit humain ne peut trouver satisfaction

Dans le pouvoir, serait-ce celui d'un roi.

Il ne peut trouver satisfaction en renonçant au monde

Mais il la trouve en revenant sans cesse à sa propre source. (...)

Lalla, XIVème siècle.

Rigaudon dans la ville

Les pieds dans un rayon de soleil marseillais.

" Le petit paysan voit son mode de vie, ses objets quotidiens, survalorisés et mythifiés alors que lui-même en était arrivé à les déprécier et à vouloir imiter les modèles de la ville. Et voilà que les gens de la ville feignent de l'envier. Il sait son monde condamné, et la civilisation qui le tue le pare au dernier moment de toutes les vertus. Cette culture populaire que les paysans, et plus généralement les minoritaires, laissaient mourir parce que la promotion sociale et le progrès l'exigeaient, voilà que réduite en folklore, elle devient un objet marchand. Eux-mêmes sont des objets marchands, ils font partie des biens de la réserve indienne, du patrimoine que le tourisme met en valeur. Alors ils sont flattés et amers en même temps", Roland Pécout, Musiques folk des peuples de France, 1978.

Diffusion et expropriation culturelles

[...] Si nous traçons la carte de la diffusion du samba comme pratique amateur, nous voyons comment la diffusion est fortement influencée par des critères économiques (la pratique se diffuse principalement en Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon et depuis peu en Chine). A l’explication anthropologique du phénomène de diffusion doit s’ajouter une explication sociologique et politique pour élucider un double mouvement global de diffusion de la musique : l’industrialisation de la culture selon le modèle occidental dominant et les appropriations des cultures locales et « authentiques » par les populations les plus riches de la planète. Le premier mouvement de diffusion fait l’objet de nombreux travaux philosophiques, anthropologiques, sociologiques et ethnomusicologiques. Leur portée critique générale fait écho aux diffusionnistes américains qui déjà dénonçaient l’uniformisation culturelle en marche. Dans son texte « cultures authentiques et cultures inauthentiques »[1], un article plus personnel que scientifique, Edward Sapir parle d’une « culture disséminée sur une étendue infinie, perdant sa vigueur et sa subtilité », et de la culture diffusée comme culture « diluée », ou encore « culture en boîte » ou culture « administrable ». Il donne déjà à l’époque une définition de ce que nous appelons aujourd’hui la globalisation sous le terme d’« internationalisme économique et semi-politique » basé sur la « civilisation industrielle », « le sens du progrès », et « l’uniformisation culturelle ». Ce phénomène de diffusion est selon lui soldé par un « échec culturel », un « grand vide » que la prospérité ne comblera jamais, en détruisant le rôle générateur de valeurs culturelles des individus. Cette pensée critique apparaîtra régulièrement dans d’autres courants qui s’inspirèrent du diffusionnisme, notamment les recherches sur l’acculturation avec Bastide qui parlait d’Involution pour nommer « l’uniformisation progressive de l’humanité selon le modèle occidental » ou les travaux des penseurs contemporains de la globalisation sur la diffusion de la culture de masse et les menaces qui pèsent sur la diversité culturelle. Ce premier mouvement de diffusion paraît alors être la cause d’un autre mouvement de diffusion dont l’école de samba Papagaio est un exemple. Il ne s’agit pas de la diffusion d’une culture de masse, ou d’un modèle occidental au sens où les auteurs précédents l’entendaient. Il est ici question d’une diffusion culturelle marquée par de nouvelles formes d’exotisme et qui se justifie comme réponse à une prétendue « carence » de traditions et de pratiques festives. Un axe de recherche beaucoup moins présent dans le paysage anthropologique mais qui commence à se faire entendre, notamment au Brésil. José Jorge de Carvalho de l’Université de Brasilia parle par exemple de « cannibalisme musical » ou de « fétichisation des traditions ». Et ce que j’appelle l’« appropriation » de la musique sur mes terrains en France et au Brésil peut être également analysé en termes d’« expropriation » de la musique : nous pouvons être Finlandais et jouer du samba à condition de le désacraliser et de le dépolitiser, de le déterritorialiser. Quoique radicale, cette pensée donne une profondeur aux recherches sur la diffusion en s’attaquant aux effets locaux que la globalisation génère et en soulevant les enjeux culturels profonds qui agitent notre monde contemporain [...]. Vaillant A., 2008.
[1] SAPIR Edward, Anthropologie, Editions de Minuit, Paris, 1967, p. 325-358.

Slovenija


Metelkova city (suite)






Metelkova city - Alternatives etc...

[...] À partir de l’observation de l’alternative des Diables Bleus à Nice et des pratiques de résistances sociales et culturelles que les individus mettent en œuvre, nous pouvons dire que cet objet d’étude nous interpelle sur les rapports que l’individu entretient avec la structure. En effet, la proposition de l’alternative invite les acteurs à prendre conscience de leur pouvoir d’action sur le social tout en contournant des structures qui semblent déterminées. L’action collective, l’appropriation d’espaces, l’instauration d’un fonctionnement nouveau, la réactualisation de traditions sont des manifestations parmi tant d’autres d’une participation active et volontaire à l’élaboration de nouveaux modes d’existence. Ceux-ci expriment le désir de substituer la maîtrise sociale, spatiale, temporelle, et la maîtrise de soi, au contrôle social traditionnel et structurel. La stratégie alternative de contournement ou d’évitement est en fait un moyen de résistance au pouvoir des structures dans la mesure où elle s’échappe de la relation dialectique d’une contestation par l’opposition avec ce pouvoir. La seule véritable rupture que provoque l’expérience alternative est celle qui s’opère avec la « résignation fataliste » entretenue par les processus de naturalisation des phénomènes sociaux. La militance, en tant qu’« action construite collectivement en vue de dénoncer le mensonge du discours dominant » est un moteur du projet alternatif dans lequel sont dénoncés l’aberration du productivisme et du libéralisme, la dépendance économique, politique et sociale programmée par la société marchande, et l’illusion du monde subi. Le projet révèle, dans sa concrétude d’action, la possibilité de fonctionner ensemble différemment et d’envisager son existence en contournant les hiérarchies de pouvoirs, leur centralisation, les assignations de rôles sociaux, la reconnaissance institutionnelle, ou encore les valeurs du travail et de la propriété privée.


L’autogestion collective et l’autonomie individuelle sont les outils d’une liberté de choix et d’action pour tous contre le fatalisme politique et économique de la pensée dominante. Les logiques d’action collective et d’appartenances « créent de l’initiative, de la cohésion et du sens », et c’est justement le sens qui s’absente peu à peu dans les processus de globalisation. La mondialisation provoque une perte de repères spatiaux et temporels, et le non-sens d’une priorité de la marchandisation sur les relations humaines. Cet effondrement du sens appelle les acteurs sociaux responsables à devenir les artisans de leur existence en recréeant du sens. L’alternative renverse les valeurs dominantes du marché en permettant en son sein de rétablir d’autres valeurs comme la parole face à la communication, le pas de l’homme face à l’urgence, l’épanouissement de soi face à l’efficacité, le temps face à l’argent ou encore la sociabilité face à la compétition…


La particularité du fonctionnement alternatif tel que nous l’avons observé aux Diables Bleus réside dans la défense d’un individualisme au profit d’une vie collective équilibrée. Il s’agit d’un individualisme en tant que valeur de liberté qui souhaite s’imposer contre l’individualisme contemporain régi par la conservation de privilèges et source d’un appauvrissement du lien social. De la même façon qu’un individu peut penser sa place dans la société à partir de la prise de conscience de sa liberté individuelle, l’action collective donne au groupe une capacité de traduction et d’interprétation à dire le monde qui lui est propre. C’est de cette façon que le local touche le global : l’expression alternative de l’appartenance locale n’est plus un repli identitaire mais l’élaboration d’un rapport au monde par la connaissance de soi. Le sentiment d’appartenance donne de cette façon une impulsion au partage d’un sentiment universel de dignité. Les individus inventent de nouvelles façons de faire ensemble en devenant les « libres créateurs de significations » de leurs mondes locaux et du monde global, et en tentant d’instaurer un « juste équilibre entre la condition locale d’existence et le sentiment d’appartenir à un vaste monde », entre une conscience de soi et un rapport à l’universel. Ainsi, les individus s’engagent dans ce que Georges Balandier nomme « la bataille du sens contre la puissance » grâce au projet utopique de l’alternative qui leur permet de donner du sens à un présent en proie à la puissance d’une mondialisation en marche. (Vaillant A., 2003)



Ljubljana


Venezia






Invention de tradition ou appropriation ?





Le 1er mai à Rauba Capeu, au pied du chateau qui n'existait pas, viennent autour de la Santa Capelina ceux qu'on appelle les travailleurs du chapeau, de l'imagination, du pantai (mot niçois intraduisible). Ils amènent le poisson frais pour la soupe, de quoi jouer, danser, et chanter et déposent leurs voeux auprès de la Santa avant de l'accompagner en musique dans une procession qui finira dans l'eau. Cette fête a lieu tous les 1ers mai à Nice depuis 15 ans. A l'année prochaine !

http://marseille.indymedia.org/news/2004/05/120.php

[...] Après la pénétration de la musique brésilienne en Europe au début du XXème siècle, c’est un « brésilianisme » qui se construit en France à partir de la fin des années 1950, lors de la sortie du film de Marcel Camus Orfeu Negro. Ce mouvement influencera plus au départ le spectacle vivant et la musique de variétés que les pratiques musicales elles-mêmes. Depuis cette époque, un phénomène de « cryométonymie »[1] est à l’œuvre en France, ou encore en Europe, qui consiste à identifier le Brésil en le représentant par l’aspect musical de sa culture. Celui-ci est cependant relié à sa portée politique : « la musique brésilienne véhicule une certaine idée de la démocratie (…) La naissance de la Bossa Nova est simultanée à la naissance de Brasilia, une ville révolutionnaire (…) Et la MPB[2], dont le chef de fIlé était Chico Buarque, était un exemple de résistance à la dictature militaire[3] » décrit André Midani, le Commissaire de la Saison du Brésil en France en 2005. Si le Brésil est le premier partenaire commercial de la France en Amérique Latine, et que les échanges scientifiques et techniques sont conséquents[4], c’est la création musicale qui sera mise en avant dans cette manifestation culturelle. L’association Française d’Action Artistique qui coordonne cette saison se donne pour objectif officiel sur son site internet[5] de « resserrer les liens » entre les deux pays : « un Brésil créatif, modèle de diversité et de rencontres culturelles », et une France « creuset de cultures très différentes où la mécanique de l’intégration a longtemps bien fonctionné et connaît aujourd’hui des difficultés ». L’association parle d’un « modèle brésilien de paix sur la scène internationale », d’un modèle d’intégration « harmonieux », et d’une « cohérence » dans la diversité culturelle brésilienne. Le discours institutionnel français relaie donc cet imaginaire politique idéal, transmis en majeure partie par la musique brésilienne en circulation depuis le début du XXème siècle en France.

On peut se demander dans quelles mesures cet imaginaire politique créé autour du Brésil aurait pu influencer un mouvement comme Zou Mai dans le choix de pratiquer la batucada. Au-delà d’un objectif de contestation sociale et culturelle, que les membres de Zou Mai auraient projeté sur les percussions brésiliennes collectives, l’appropriation d’une pratique musicale brésilienne n’est-elle pas politiquement confortable ? En effet, la communauté brésilienne étant peu représentée à Nice, la batucada s’échappe de fait d’une catégorie de pratique culturelle communautaire. Il ne s’agit pas de s’approprier la musique qu’un groupe socioculturel français revendique déjà comme un outil de contestation sociale et d’expression identitaire, comme le rap. Il ne s’agit pas non plus de s’approprier une musique d’Amérique du Nord ou anglo-saxonne, comme ont pu le faire des musiciens traditionalistes occitans dans les années 1970 ou, ici encore, des rappeurs des milieux urbains défavorisés liant leur expérience de « la banlieue » à celle des ghettos afro-américains[6]. Un actuel « degré d’antipathie envers la culture populaire américaine » (Stokes, 2004, p. 374) au sein de certains mouvements dits « alternatifs » animés par les classes moyennes et intellectuelles, pourrait expliquer ce possible confort de projection sur le Brésil et sa culture musicale, à la fois institutionnalisée, connue de tous, et base d’une contestation sociale, dans une quête de ses racines.

L’imaginaire français autour de la culture brésilienne qui s’est construit à travers le siècle dernier a contribué à la création de nombreuses batucadas en France. La « confortable » appropriation de la musique brésilienne par ces groupes français repose d’abord sur les représentations communes de Carnaval, de fête, et de « défoulement » collectif puis sur un idéal socioculturel et politique brésilien. Cela n’empêche pas chaque groupe de justifier différemment sa démarche d’appropriation : substitut à un folklore inexistant ou méconnu, facilités d’apprentissage et efficacité sonore, passion musicale du samba ou, de manière évasive, « le besoin d’exotisme »[7]. Ces diverses intentions d’appropriation trouvent leur sens propre à l’intérieur de leur sphère d’existence et s’intègrent aux stratégies de vie locales et particulières. Si l’imaginaire propre à chaque batucada a son caractère autoréférentiel[8], la situation d’appropriation sur place, au Brésil, est en elle-même créatrice d’expériences communes à tous ces groupes qui restent alors, malgré leurs pratiques distinctives parfois localistes, des Français aux yeux des Brésiliens [...]. Vaillant A., 2005.


[1] D’après Arjun Appadurai in FRIEDMAN Jonathan, « Des racines et (dé)routes. Tropes pour trekkers », L’Homme n°156, EHESS, 2000, pp. 187-206 (p. 189)
[2] La Musique populaire brésilienne.
[3] Qui a duré de 1964 à 1985.
[4] Site du Ministère des AffairesEtrangères, http://www.diplomatie.gouv.fr/.
[5] http://afaa.asso.fr/.
[6] STOKES Martin, « Musique, identité et « ville-monde ». Perspectives critiques », L’homme n°171-172, Musique et anthropologie, EHESS, Paris, 2004, pp. 371-388 (p. 374)
[7] Tour de table entre membres de batucadas différentes en mars 2004, à Récife.
[8] Jean-Loup Amselle in TURGEON Laurier, DELAGE Denys, OUELLET Réal, Transferts culturels et métissages Amérique/Europe XVIème-Xxème siècle, L’Harmattan, Paris, Anthropologie du monde occidental, Presses de l’Université Laval, 1996 (p. 59)

Multiple


"Le multiple, ce n'est pas seulement ce qui a beaucoup de parties, mais ce qui est plié de beaucoup de façons" Le pli, Gilles Deleuze, 1994.






Doutes


"La grande marche mécanique de la civilisation avait si bien nivelé le monde que cela semblait une trahison [...] de douter que ce qui était bon pour une nation ou pour un peuple le soit aussi pour les autres. Mais de même qu'il n'avait jamais peur de mettre les idées à l'épreuve, il n'avait pas, non plus, peur de douter. Tous les peuples devaient lutter pour survivre, mais ce qui était salutaire à un homme pouvait être nocif pour un autre, et il en était de même pour les communautés ou les peuples." (Claude McKay, Banjo, 1928)